Sira
Vie du Prophète Muhammad (saw)
 

28 - L’expédition de Banu Qurayza

Les Banu Qurayza vivaient dans des citadelles nommées outoum, sur les plateaux qui s’étendaient vers le sud-est de Médine. La tribu qui vivait d’agriculture et de commerce entretenait des liens de parenté avec les Banu Nadir. Banu Qurayza était avec Banu Nadir une alliée de la tribu Aws et s’était jointe au Pacte de Médine en tant qu’alliée d’Aws.

Après l’exil forcé des Banu Qaynuqa et des Banu Nadir en raison de leur non-respect du pacte et de leur trahison à l‘égard Prophète (saw), il ne restait plus à Médine que les Juifs de Banu Qurayza. Alors même que, selon la constitution de Médine, ils étaient tenus de participer à la défense de la ville, les Banu Qurayza avaient enfreint cette condition et, sous l’influence de Houvay b. Ahtab, le chef des Banu Nadir qui s’étaient établis à Khaybar après l’exil, ils s’étaient alliés à eux. Pourtant, en vertu du pacte établi entre eux, le Prophète (saw) n’avait pas, lors de la bataille de Khandaq, fait creuser de tranchée du côté où résidaient les Banu Qurayza et, par ailleurs, une partie du matériel utilisé dans le creusage de la tranchée, tel que les pioches ou les pelles, avait été achetée chez les Banu Qurayza.

Trahi par les Banu Qurayza, le Prophète (saw), parant à une éventuelle attaque de leur part sur Médine, envoya à des fins de dissuasion, deux unités constituées respectivement de 200 hommes sous le commandement de Salama b. Aslam al Achhali et 300 hommes sous celui de Zayd b. Haritha. La trahison de Banu Qurayza dans les heures les plus critiques de la bataille de Khandaq avaient placé les Musulmans dans une situation difficile. Entre-temps, suite à la conversion de Nou’aym b. Massoud, un notable de la tribu Gatafan, sa manœuvre consistant à dresser, à la demande du Prophète (saw), les alliés les uns contre les autres et avec la fin de la bataille de Khandaq, le danger fut écarté.

Selon ce qui est rapporté dans les sources, après la bataille de Khandaq, lorsqu’il retourna chez lui, le Prophète (saw), sur une révélation qui descendit à l’heure de midi, appela Bilal Al Habachi et lui donna l’ordre de faire savoir à ses Compagnons qu’ils devaient s’acquitter de la prière de l’après-midi sur les terres de Banu Qurayza. Il revêtit ensuite son armure et, prenant ses armes, monta sur son cheval. Confiant l’étendard à Ali, il envoya des unités d’éclaireurs. Quant à lui, après avoir délégué, à Médine, ses responsabilités à Abdullah b. Oum Maktoum, il prit le départ accompagné par les unités de la cavalerie et de l’infanterie qui l’entouraient (23 Dhou al Qi’da 5/15 Avril 627).

Lorsqu’arriva l’heure de la prière de l’après-midi alors qu’une partie des unités qui avaient pris le départ en des temps différés, ils divergèrent sur la question de savoir s’il fallait ou pas accomplir la prière avant d’atteindre les terres des Banu Qurayza et si cela constituait ou pas une désobéissance aux ordres du Prophète (saw). Une partie l’accomplit sur la route en son heure tandis que l’autre partie l’effectua à l’heure du crépuscule, après avoir atteint les terres des Banu Qurayza. Lorsque le différend fut exposé au Prophète (saw), il ne blâma aucune des parties. Il en découla ainsi que les deux comportements étaient conformes.

Ali qui, devançant le Prophète (saw), arriva devant les citadelles de Banu Qurayza y entendit les Juifs proférer de très mauvaises paroles à l’encontre du Prophète (saw) et de ses épouses. Craignant qu’en les entendant il en éprouve de la tristesse, il demanda au Prophète (saw) de ne pas s’approcher du lieu où ils se trouvaient. Le Messager d’Allah (saw) rappelant que Moïse avait été éprouvé par des situations beaucoup plus difficiles et qu’en le voyant les Banu Qurayza se tairaient, avança jusqu’à leurs citadelles. De là, le Prophète (saw), s’adressant un par un à chacun des notables juifs, les invita à embrasser l’Islam. Essuyant un refus de leur part, il les somma de se soumettre à la volonté d’Allah et de son Messager en descendant de leurs citadelles et de se rendre. Lorsqu’ils refusèrent cette dernière proposition, l’affrontement débuta. Banu Qurayza fut assiégée pendant quinze ou vingt jours durant lesquels il y eut de violents échanges de flèches et de pierres. Tandis que les Musulmans étaient constitués de 3000 soldats et 36 cavaliers, le nombre des soldats de Banu Qurayza, sous le commandement de leur chef Ka’b b. Asad et son allié Houvat b. Ahtab, s’élevait à 600-700 hommes. À propos du nombre de combattants dans les rangs de Banu Qurayza, il est également mentionné les chiffres de 400, 800 et 900. Entre-temps, les hypocrites, se rendant à Banu Qurayza, invitaient ces derniers à ne pas se rendre aux Musulmans et leur promettaient leur assistance s’ils continuaient à résister. Impuissants face au siège et constatant l’absence de l’aide promise par les hypocrites, les Juifs décidèrent d’engager des négociations avec le Prophète (saw). Ils proposèrent les conditions qui avaient été auparavant soumises au Banu Nadir, à savoir laisser leurs armes et leurs biens et quitter Médine avec chacun un chameau chargé de vivres. Le Prophète (saw) qui avait observé les Banu Nadir auxquels il avait permis, deux ans auparavant de quitter Médine, prendre place dans les rangs de l’ennemi lors de la bataille de Khandaq, refusa cette proposition et leur fit savoir qu’ils n’avaient d’autre choix que de se rendre sans conditions. Les Banu Qurayza demandèrent alors au Prophète (saw) de leur envoyer Abou Loubaba b. Abdulmoundhir, membre de la tribu Aws dont ils étaient les alliés, afin de discuter avec lui de certains points. Exigeant d’Abou Loubaba qu’il les délivre de cette situation, les Juifs lui demandèrent, lors de la discussion, ce que comptait leur faire le Prophète (saw). En montrant de la main sa gorge, Abou Loubaba leur fit signe qu’ils allaient être exécutés. Cependant, il réalisa, un peu plus tard, qu’en agissant de la sorte il avait fait acte de trahison à Allah et son Prophète et en éprouva des remords. Se rendant alors au Masjid Nabawi il se ligota à un poteau et, en dehors de ses besoins élémentaires, y resta attaché pendant plusieurs jours jusqu’à qu’il obtienne le pardon d’Allah et que le Prophète (saw) vienne le détacher en personne. Obtenant le pardon (Anfal 8/27 ou Tawba 9/102), Abou Loubaba en éprouva une telle joie qu’il voulut distribuer la totalité de ses biens en aumône mais, sur la recommandation du Prophète (saw), il n’en donna que le tiers.

Impuissants et démunis face au siège, les Banu Qurayza descendirent de leurs tours et se rendirent, se résignant à se soumettre au jugement du Prophète (saw). Entre-temps, considérant le fait d’Abdullah b. Oubay b. Saloul, de la tribu de Khazraj, qui intercéda auparavant en faveur des Juifs de Banu Qaynuqa, les sauvant ainsi de la peine de mort, les Aws aussi se rendirent auprès du Prophète (saw) afin qu’il réserve à leurs alliés, les Banu Qurayza, un bon traitement. Sur ces faits et à leur demande, il fut décidé, afin de juger le cas des Banu Qurayza, de choisir comme juge Sa’d b. Mouaz parmi la tribu d’Aws. Quand Sa’d b. Mouaz qui recevait des soins dans une tente à Médine en raison de sa blessure survenue lors de la bataille de Khandaq fut amené là où se trouvait le Prophète (saw), les Awsites lui murmuraient incessamment de se prononcer en faveur de leurs alliés les Banu Qurayza. Après avoir obtenu à la fois de la part des Awsites et des Banu Qurayza et à la fois de la part du Prophète (saw), la promesse qu’ils agréeraient son jugement, il prononça son verdict. Tous les hommes aptes au combat devaient être exécutés, les femmes et les enfants faits captifs et les biens partagés entre les Musulmans. Le Prophète (saw) fit savoir que le jugement de Sa’d était en accord avec le jugement d’Allah et, le trouvant juste, l’approuva. En effet, le jugement de Sa’d s’accordait avec la Torah (Deutéronome, XX/10-15) et dans le Coran (Maïda 5/33-34) se trouvait une règle similaire parmi les sanctions qui menacent ceux qui déclarent la guerre à Allah et son Prophète (saw) et sèment le désordre sur terre.

Les prisonniers de Banu Qurayza furent rassemblés en des lieux définis et le butin saisi fut regroupé. Il est rapporté que le butin réalisé à Banu Qurayza consistait en 1500 épées, 300 armures, 2000 lances, et 1500 boucliers. Plus tard, des fossés furent creusés et les condamnés à mort furent exécutés. Parmi les femmes, seule fut tuée celle nommée Noubata, membre des Banu Nadir, qui avait, à la demande de son époux, causé la mort de Khallad b. Souwayd, parmi les Compagnons, en faisant rouler sur lui une meule. Sur ordre du Prophète (saw), les condamnés à mort furent autorisés à lire la Torah, de la nourriture et de l’eau leur fut servie et un soin particulier fut apporté afin que leur exécution soit réalisée dans un lieu frais.

Une partie des femmes et enfants captifs dont le nombre est estimé à environ 1000 personnes furent relâchés. Une partie fut remise aux Compagnons ; une autre partie, vendue et dont les revenus servirent à l’achat de chevaux et des armes pour les besoins du jihad. Entre-temps, le Prophète (saw) exigea que les enfants impubères ne soient pas séparés de leurs mères et que les orphelins ne soient pas vendus à des polythéistes ou des Juifs mais uniquement à des Musulmans. Après prélèvement du cinquième (khoms) sur le butin, la part des quatre-cinquième fut distribuée aux combattants. Les terres et les palmeraies de dattes furent partagées. Parmi les biens du butin, il fut donné une part aux soldats de l’infanterie et deux parts aux cavaliers. Le Prophète (saw) distribua également des présents aux femmes qui avaient participé à la bataille. Une part fut également réservée pour Khallad b. Souwayd qui tomba en martyr sous la meule et une autre pour Abou Sinan b. Mihsan qui mourut de mort naturelle lors du siège.

Lors du siège de Banu Qurayza, quelques personnes embrassèrent l’Islam. Le Prophète (saw) épousa Rayhana bint Zayd b. Amr, trouvée parmi les captifs, après que cette dernière acceptât l’Islam. Il est admis que les versets 26-27 de la sourate Ahzab font référence à l’expédition de Banu Qurayza.

 

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