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Les premières années de sédition dans le monde musulman...

LES PREMIÈRES ANNÉES DE SÉDITION DANS LE MONDE MUSULMAN : 
QUÊTES DE SOLUTION À L’OMBRE DES ÉPÉES

L'assassinat du calife Othman (ra) a provoqué parmi les Musulmans une crise dont l'ampleur était inattendue. La première chose qui, après le meurtre du calife, s’imposa de manière impérieuse fut l’élection d’un dirigeant destiné à le remplacer afin de ne pas donner lieu à une vacance du pouvoir.

« Et si deux groupes de croyants se combattent, faites la conciliation entre eux. Si l’un d’eux se rebelle contre l’autre, combattez le groupe qui se rebelle, jusqu’à ce qu’il se conforme à l’ordre d’Allah. Puis, s’il s’y conforme, réconciliez-les avec justice et soyez équitables car Allah aime les équitables. » (Hujurat, 49/9) 

L'assassinat du calife Othman (ra) a provoqué parmi les Musulmans une crise dont l'ampleur était inattendue. La première chose qui, après le meurtre du calife, s’imposa de manière impérieuse fut l’élection d’un dirigeant destiné à le remplacer afin de ne pas donner lieu à une vacance du pouvoir. Les dissidents ne pouvaient songer à choisir un calife dans leurs rangs car nul ne lui aurait prêté allégeance. Aussi, ils firent pression sur les Médinois et exigèrent l’élection d’un calife et, afin de le désigner, rencontrèrent les notables. Ali (ra), Talha (ra) et Zoubayr (ra) figurent parmi les premiers candidats potentiels au califat. Les dissidents s’entretinrent donc avec ces trois premiers. Cependant, nul ne souhaitait devenir calife dans un tel contexte de crise. Le problème majeur que le calife aurait eu à affronter était de rétablir l’unité d’une oumma en proie à un morcellement politique survenu en l’espace d’une courte période. Finalement, après quelques entrevues, Ali (ra) accepta d’être calife. En pareille circonstance, l’acceptation d’une telle fonction revenait à endosser de lourdes et douloureuses responsabilités. Lorsqu’Ali (ra) fut désigné calife, la oumma, morcelée par des scissions politiques, se  divisait en trois groupes.

a)   Ceux qui avaient prêté serment d’allégeance à Ali et le soutenaient.

Le premier groupe était constitué des partisans d’Ali. La plupart de ceux qui lui avaient prêté serment n’avaient pas pris part à la sédition et n’avaient foncièrement - à l’exception de la stabilité et l’ordre - aucune ambition politique. Aussi, ils n’hésitèrent pas à obéir au nouveau calife auquel la délégation consultative médinoise prêta serment. En raison de certaines mesures adoptées par Othman (ra) à la fin de la période de son califat, une partie importante des Ansars qui lui étaient hostiles se rallièrent à Ali (ra). D’ailleurs, ce dernier le prit en considération lors de la nomination des gouverneurs.

Parmi les partisans du nouveau calife se trouvait également un groupe constitué d’opposants à Othman (ra) ou de ceux qui prirent part directement ou indirectement à son assassinat ou même de ceux qui soutinrent cet assassinat. D’ailleurs, certaines personnes telles que Achtar al Nakha’i qui jouissait du statut de chef parmi les opposants venus de Koufa continuèrent à jouer, sur le plan politique, un rôle actif lors de la constitution du nouveau pouvoir.  Ces personnes, du fait de leur implication dans l’assassinat d’Othman (ra), étaient conscientes qu’elles devaient disposer d’une position déterminante dans le processus politique afin d’échapper à leur jugement. Achtar prit part dans les batailles du Chameau et de Siffin en qualité de commandant de troupe important d’Ali (ra) et fut envoyé, plus tard, par ce dernier comme gouverneur en Egypte ; seulement il fut tué après avoir été empoisonné par un des hommes de Muawiya.

b)   Les opposants à l’assassinat d’Othman (ra)

De même que pour les partisans d’Ali (ra), le groupe qui s’opposait à l’assassinat d’Othman (ra) n’était pas constitué d’un ensemble homogène. Assurément, les Banu Oumayya s’y trouvaient en tête de liste. Lors de l’assassinat d’Othman (ra), la plupart des membres de sa famille se trouvant à Médine et une part de ceux vivants dans les autres provinces rejoignirent la Mecque pour se joindre à l’opposition qui s’y était rassemblée. Muawiya, un de noms les plus influents de la famille qui occupait le poste de gouverneur de Syrie, refusa de prêter allégeance à Ali (ra), exigeant la punition des assassins d’Othman (ra).
 
Les opposants  parmi lesquels se trouvaient des Compagnons notoires tels qu’Aïcha (ra), Talha et Zoubayr (ra) – lesquels s’étaient opposés à certaines mesures prises par Othman – décidèrent, après s’être réunis à la Mecque, de lutter contre Ali (ra). Tandis qu’une partie des habitants du centre des provinces de Bassora et d’Egypte, parce qu’opposés au meurtre d’Othman (ra) décidèrent, quant à eux, d’attendre jusqu’à ce que la situation se clarifie.
 
c)   Ceux qui choisirent de rester neutres
 
Certains fidèles de la communauté musulmane, enfin, préférèrent rester à l’écart de la sédition. Bien qu’ils ne constituassent pas une majorité sur le plan numéraire, il s’y trouvait cependant des Compagnons notoires. Seulement, ils n’agissaient pas comme un groupe. D’autre part, leur conduite était insuffisante pour rassembler les Musulmans. Parmi eux, on retiendra à côté de Sa’d b. Abi Waqqâs, un des membres de la délégation consultative, des noms tels qu’Oussama b. Zayd et Abu Moussa al Ach’âri.

 

Bien qu’il se trouvât à la tête des Musulmans des chefs respectables, les années du califat d’Ali (ra) se caractérisèrent par des conflits et affrontements fratricides menés sous l’emprise des sentiments. Ledit contexte  ne permit pas à Ali (ra), qui était un des savants les plus éminents de l’époque, de maitriser le cours des évènements. Les remords qui en résultèrent des années plus tard n’en changèrent en rien les conséquences.
 
Premier conflit intestin : la Bataille du Chameau
 
Malgré les efforts qu’il déploya en vue de rétablir la stabilité, Ali (ra) ne parvint pas à obtenir des avancées concrètes suffisantes pour assurer l’unité. Le premier groupe qu’il dut affronter parmi ses opposants était l’opposition mecquoise. Ces opposants qui comptaient dans leurs rangs certaines personnes rassemblées autour du leadership symbolique d’Aïcha (ra), notamment Talha et Zoubayr (ra) et certaines personnes  parmi les Banu Oumayya, décidèrent, après s’être réunis à la Mecque et avoir pris part à une série d’entrevues, de se diriger vers Bassora. Leurs thèses reposaient sur deux critiques fondamentales : la première étant la punition des assassins d’Othman (ra), tué injustement, la seconde, le refus de considérer, dans une situation aussi critique, le califat d’Ali (ra) qu’ils accusaient de n’avoir fait aucun pas pour punir les assassins. Ali (ra) les combattit à Hourayba, aux environs de Bassora. Cette bataille, appelée Bataille du Chameau en raison de la concentration des affrontements autour du chameau d’Aïcha (ra), fut le premier conflit fratricide qui éclata entre les Musulmans. Les chefs des deux camps étaient des personnalités musulmanes notoires. Cependant, ils ne parvinrent pas à mettre en œuvre une méthode destinée à régler les différends entre les Musulmans sans qu’il ne soit nécessaire de recourir à un affrontement mutuel.
 
Parmi les Musulmans qui y laissèrent leur vie, il se trouvait également Talha, tué sur le champ de bataille et Zoubayr (ra),  abattu par Ibn Jourmouz après s’être retiré du champ de bataille. (Joumada Al Akhira 36 / Décembre 656)

 
Deuxième conflit intestin : Siffin
 
À la suite de la Bataille du Chameau Ali (ra) se rendit à Koufa et en fit la capitale de l’Etat. Après y être établi, il décida de lancer une offensive contre Muawiya b. Abu Soufyan qu’il jugeait être un dissident. Ils s’étaient déjà échangé de nombreuses lettres auparavant ; seulement, Muawiya exigeant la punition des assassins d’Othman (ra) comme condition d’allégeance au calife, ils ne purent résoudre le différend par des voies pacifiques. En outre, se renforçant avec le temps, Muawiya commença même à remettre en question le califat d’Ali (ra). Les deux troupes se firent face l’une à l’autre à Siffin, entre la Syrie et l’Irak. Lorsque les tractations qui durèrent des mois ainsi que les petits affrontements ne donnèrent aucun résultat, Ali (ra) donna l’ordre à son armée de lancer l’offensive. À terme des affrontements qui continuèrent jusqu’à la nuit et où furent menées des attaques intensives, l’appel « Que le Coran soit juge parmi nous » lancé sur le conseil d’Amr b. al Âs par les hommes de Muawiya qui arborèrent des exemplaires du Coran fut efficace. Ali (ra), sur l’insistance de la majorité des hommes de sa troupe, fut contraint de mettre fin à la bataille. (9-10 Safar 37 / 27-28 Juillet 657). L’appel à l’arbitrage du Coran se solda par la décision de confier la résolution du problème au soin des juges. Cependant, les entrevues d’arbitrage, loin de résoudre le problème, provoqua de nouvelles dissidences dans l’armée d’Ali (ra).
 
 
Troisième conflit intestin : Nahrawan
 
À la suite de l’accord sur l’arbitrage, un groupe appelé « kharijites » décida de quitter les rangs de l’armée d’Ali (ra). Dans un premier temps, Ali (ra) les persuada de l’accompagner jusqu’à Koufa. Seulement, lorsque les juges furent envoyés sur le lieu convenu pour les entrevues, les kharijites se séparèrent d’Ali (ra). Avant la bataille de Nahrawan qui eut lieu entre ce groupe et Ali (ra), la plupart des kharijites quittèrent le champ de bataille. La majorité de ceux qui y restèrent furent tués et une grande partie réussit à y échapper avec des blessures. (9 Safar 38 / 17 Juillet 658).
 
Les kharijites qui quittèrent Nahrawan avant la bataille en éprouvèrent, par la suite, des remords. Sous le califat d’Ali (ra), ce groupe fut à l’origine de nombreuses petites rebellions. Finalement, ils décidèrent de tuer Ali (ra), Muawiya et Amr b. al Âs (ra) qu’ils tenaient pour responsables des événements qui avaient éclaté. La tentative d’assassinat contre Muawiya et Amr échoua. Cependant, Ali (ra) mourut quelques jours plus tard suite à l’attentat perpétré contre lui. (19 Ramadan 40 / 26 Janvier 661). Bien qu’il se trouvât à la tête des Musulmans des chefs respectables, les années du califat d’Ali (ra) se caractérisèrent par des conflits et affrontements fratricides menés sous l’emprise des sentiments. Ledit contexte  ne permit pas à Ali (ra), qui était un des savants les plus éminents de l’époque, de maitriser le cours des évènements. Les remords qui en résultèrent des années plus tard n’en changèrent en rien les conséquences.
 
Revue Diyanet Février 2014
 

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