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Ramadan et Fêtes
 

Le voyage du Ramadan

Lorsque dans le 112ème verset de la sourate Tawba (la Repentance) sont énumérées les caractéristiques des croyants, n'est-il pas significatif que le terme “es-sâihoun”  traduit par la plupart des traducteurs par “les jeûneurs” désigne dans le lexique “les voyageurs” ?

Le Ramadan, mois béni qui rappelle à l'homme son humanité… Durant ce mois, les vides et insignifiances créés dans l'âme humaine lors des périodes d’intempérance alimentaire sont comblés, la volonté défaillante y est secouée, dépoussiérée et résolument réhabilitée. Ainsi, est éprouvée, une fois encore, la spécificité de ce que signifie être humain.

Avec le Ramadan,  cette « retenue » qui constitue l’essence du jeûne entreprend un voyage qui commence du corps pour aller au cœur. Dans ce voyage, chaque nouveau jour signifie une nouvelle étape et chaque nouvelle étape apporte son lot de joies et d'enthousiasmes : La joie qui est évoquée dans le hadith « Le jeûneur connait deux joies : La première joie, lorsqu’il rompt son jeûne ; la seconde, lorsqu’il rencontre son Seigneur » (Boukhari, Sawm 9 ; Muslim, Siyâm 163) transcende le simple retour à la permission de manger et de boire, elle découle plus précisément de la fierté méritée des jeûneurs qui ont su maitriser leurs âmes comme ils ont su maitriser leurs corps. Une fierté qui procède de cette victoire qui consiste à se tourner, malgré soi, vers son Seigneur.

Avec le jeûne, chaque jour, la volonté est affûtée et aguerrie. Chaque lutte que nous livrons à nos défaillances et lacunes, que ce soit celles que nous rencontrons pour la première fois ou celles qui surgissent parfois des méandres de notre univers intérieur, nous élève à un niveau supérieur sur l’échelle de notre humanité. À l’instar du clou qui chasse l’autre, les erreurs qui siègent au plus profond de nous-mêmes ne peuvent être chassées et neutralisées qu’à l’aide d’une méthode forte, résolue et active. Cette méthode, de nos jours, n’est autre que le jeûne lui-même.

Ce voyage intérieur est unique et propre à chaque personne. Notre univers intérieur cache dans ses recoins les plus secrets des surprises dont nous ne sommes pas à même de savoir à quel moment précisément elles surgiront. Le plus difficile étant d’affronter nos faiblesses qui, en s’enracinant dans les profondeurs de notre monde intérieur, finissent, au fil du temps, par faire corps avec notre être. Si en toute justice, nous pouvions nous mettre sous la lumière d’un projecteur, nous serions capables de prendre acte de toutes ces zones déformées qui rendent perméables les lignes qui séparent le normal de l’anormal ; nous y trouverions la possibilité de remédier à toutes les déviations qui affectent nos sentiments, pensées et comportements.

Lorsque dans le 112ème verset de la sourate Tawba (la Repentance) sont énumérées les caractéristiques des croyants, n'est-il pas significatif que le terme « es-sâihoun »  traduit par la plupart des traducteurs par « les jeûneurs » désigne dans le lexique « les voyageurs » ? « Il s’agit de ceux qui se repentent, vouent un culte, chantent les louanges, jeûnent, s’inclinent et se prosternent, ordonnent le bien et condamnent le mal et ceux qui observent minutieusement les limites définies par Allah. Annonce la bonne nouvelle aux croyants ». En tant que saison qui consacre le fait de prendre la route, de se mettre sur la route et d’y rester, le Ramadan est un mois de voyage.

Le Ramadan est la saison pendant laquelle est facilitée la voie vers la bienfaisance, sous toutes ses formes. « La protection de la vie » qui correspond à l’une des grandes finalités qui sont visées à travers les règles et dispositions religieuses pourrait être également interprétée comme l’attitude consistant à se prémunir du péché et de l’erreur et être bienfaisant envers soi-même. Dans cette saison qui s’inscrit sous le signe du bien et qui est axée sur la bienfaisance envers autrui, l’être humain devrait aussi accorder à son âme le droit qui lui revient et être bienfaisant envers sa propre personne.

Comment ? En faisant corps avec l’essence qui permettra d’accroitre les effets et la portée des actes de bienfaisance. En empruntant par exemple le chemin du Prophète (saw) afin d’éliminer en les ciselant les protubérances et aspérités du caractère.

Illustrons notre propos par un exemple concret. Lorsque dans les sources est évoquée l’humilité du Prophète (saw), les caractéristiques fondamentales y sont ainsi énumérées :

« Bien qu’Il jouissait d’un rang élevé auprès du Très-Haut, Il était le plus humble parmi les hommes.

Il n’avait pas d’arrogance, ne s’enorgueillissait pas. C’est pourquoi il montait sur sa monture et y faisait assoir quelqu’un à l’arrière.  »

À la place du chameau qui était considéré comme un indicateur du statut social, il ne voyait aucun inconvénient à monter de temps à autre sur une monture ordinaire. Ce faisant, il montrait que ce qui confère de la valeur à une personne ne sont pas les choses et les biens qu’elle utilise. Il était conscient du rôle que jouait dans sa cohérence interne ainsi que dans l’extension de l’effet et de la portée de la parole le fait de mener une vie conforme à l’ensemble des idées et valeurs que défend l’homme. Loin de se soustraire aux regards des autres en craignant que l’on dise de la manière la plus candide « son acte est ostentatoire », il continuait à se comporter comme « un bienfaisant » de manière à susciter des idées et encourager les hommes sur cette voie. Il soulignait ainsi la nécessité de faire vivre les valeurs morales dans l’espace public.

Pas seulement lorsqu’il prenait sa monture, même lorsqu’Il utilisait d’autres montures, Il prenait plaisir à faire monter de temps à autres d’autres personnes, de leur tenir compagnie sur le chemin et, profiter de ces petits moments pour leur enseigner des choses. Dit autrement, Il ne possédait pas un moyen de locomotion si particulier tel que les hommes n’osent même pas s’en approcher ni imaginer y monter.

Lorsqu’il s’agissait d’inviter ou de répondre à une invitation, il se tenait loin de toute considération axée sur le rang, le statut social et les intérêts. Il n’avait nul besoin de se paver de l’armure de l’inaccessibilité pour être respectable. Il était conscient que le soutien matériel et moral ne pouvait se concrétiser uniquement par une aide matérielle mais également en partageant de temps à autre le même environnement.

« Il rendait visite aux nécessiteux, s’asseyait avec les pauvres. Il répondait favorablement à l’invitation des esclaves. »

Lorsqu’il s’agissait d’inviter ou de répondre à une invitation, il se tenait loin de toute considération axée sur le rang, le statut social et les intérêts. Il n’avait nul besoin de se paver de l’armure de l’inaccessibilité pour être respectable. Il était conscient que le soutien matériel et moral ne pouvait se concrétiser uniquement par une aide matérielle mais également en partageant de temps à autre le même environnement. Il n’ignorait pas qu’en s’adressant, autant que faire se peut, aux cœurs on pouvait empêcher les ravages que pouvaient engendrer sur les âmes, la négation, l’indifférence et l’humiliation. Et Il considérait cela comme l’observance du droit que ses « frères dans la foi » avaient sur lui, non pas comme une faveur émanant de Lui mais comme une responsabilité qu’Il se devait d’honorer.

« Il se mêlait aux Compagnons, lors d’une assemblée, Il allait, sans déranger quiconque, s’assoir dans un coin vacant» (Qadi Iyadh, Al Shifa, 1/101)

Celui qui ne Le connaissait pas ne pouvait deviner qu’Il était prophète jusqu’à ce qu’on le lui dise. Cette humilité se manifestait parmi ses frères, c’est-à-dire parmi les croyants. (Quant à sa bravoure et sa fierté face aux ennemis de l’Islam, elles nous enseignaient la manière dont un homme doit avoir confiance en sa personne et en sa foi.) Et c’est précisément cet élément dont nous avons grandement besoin. Ces jours-ci sont une occasion pour mettre en application… La forme et la qualité de ce que nous prodiguerons de notre existence aux autres déterminera la qualité de ce que nous serons en mesure de nous prodiguer à nous-mêmes. Nous sommes parfaitement convaincus que la main qui donne est vertueuse. Rappelons-nous juste qu’il ne faut pas négliger cette main qui donne.

Qu’ajouter de plus à cela… Voilà pour nous tous une petite feuille de route pour ce Ramadan…

 

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