Les Compagnons
Les Compagnons
 

Le sahabi enseignant l’Islam aux Damascènes, Abou’d-Derdâ (ra)

Abou’d-Derdâ (ra) ne craignait pas de dire ce qu’il savait et il n’hésitait pas à critiquer les dirigeants malgré le mal qui puisse venir d’eux. Par ailleurs, il conseillait aux gens de faire du bien, de penser à l’au-delà, de s’occuper des orphelins, d’affranchir les esclaves, d’invoquer Allah, d’être humble, de se contenter de peu face au bas-monde et de ne pas faire d’oppression.

Son vrai nom est Amir mais, il est connu sous le nom d’Abou’d-Derdâ (ra). Il fait partie de la tribu des Hazrajs de Médine. Il a choisi l’Islam lors de la deuxième année de l’hégire. Il est accepté comme le dernier parmi sa famille et les Ansars à être devenu musulman. Quant à celui qui l’a guidé à l’Islam, c’est son meilleur ami et en même temps un des poètes du Prophète Muhammad (saw), Abdoullah b. Rawaha (ra).

Abdoullah b. Rawaha (ra) ressentait une grande tristesse à le voir encore dans la religion de ses ancêtres et, il l’invitait à chaque occasion à se convertir à l’Islam. Mais, malgré tous ses efforts il n’arrivait pas à casser les idoles d’Abou’d-Derdâ. Enfin, Abdoullah b. Rawaha (ra) décida de jouer un jeu à son ami. Un jour, le voyant quitter sa maison, il rentra discrètement dans la pièce où il gardait soigneusement son idole et, avec une hache il brisa son idole qu’il aimait tant et à laquelle il montrait tellement de respect. L’épouse d’Abou’d-Derdâ (ra) entendant le bouquant venant de l’endroit où se trouvait l’idole vint et essaya d’empêcher Abdoullah mais en vain. Un peu plus tard, alors qu’ Abou’d-Derdâ (ra) rentra chez lui, il trouva son épouse en train de pleurer, il lui demanda la raison de ses pleurs et elle lui raconta les faits. En premier, Abou’d-Derdâ (ra) s’énerva sur l’acte d’Abdoullah. Mais, après avoir réfléchi une nouvelle fois sur les faits, ces paroles s’écoulèrent de ses lèvres : « Si l’dole aurait un pouvoir, elle se serait défendue, protégée. De ce fait, cette chose qui ne peut se protéger comment peut-elle me protéger ?

Puis, en allant directement chez Abdoullah b. Rawaha il déclara qu’il voulait se convertir à l’Islam. Ils sont allés ensemble vers le Prophète Muhammad (saw), Abou’d-Derdâ (ra) annonça son entrée à l’Islam en prononçant une nouvelle fois l’attestation de foi devant lui.

Le Prophète Muhammad (saw), étant très content de sa conversion à l’Islam le déclara frère de religion avec Salman-i Farisi (ra). Dans les sources, il est enregistré que cet évènement a eu lieu juste après la guerre de Badr. Malgré son entrée tardive à l’Islam, Abou’d-Derdâ (ra) décida de consacrer le reste de sa vie à sa religion. Il participa à toutes les batailles et en premier à la bataille d’Ouhoud avec le Prophète (saw), Il est raconté qu’il fit preuve de grandes concessions et de bravoure en particulier à Ouhoud. A côtés des activités militaires, Abou’d-Derdâ (ra) continua à se consacrer à la science et, il fit partie des compagnons ayant appris le Coran par cœur du début jusqu’à la fin lors de la vie de l’Envoyé de Dieu (saw), Il a participé aux conquêtes de Damas ciblant les régions étant sous le contrôle de Byzance commençant pendant le califat d’Abou Bakr (ra). Selon les sources, il a travaillé en tant que cadi dans l’armée. De cette manière, il est transmis qu’il fut le premier cadi (militaire) de l’histoire de l’Islam.

Il poursuivit ce même travail autant pendant le califat d’Omar (ra) que pendant le califat d’Osman (ra). Omar (ra), mettant en place le système de « diwan » et donnant un salaire selon la date de conversion à l’Islam, compta Abou’d-Derdâ (ra) parmi les compagnons de Badr et lui donna un salaire malgré qu’il n’ait participé à cette bataille, surement de par ses grands services à l’Islam. Pendant la période du califat d’Omar (ra) et, après avoir poursuivi son travail de cadi à Médine, Abou’d-Derdâ (ra) demanda l’autorisation au calife pour partir en Syrie. Omar (ra), acceptant sa demande, annonça qu’il avait l’intention de l’amener au poste de préfet. Par contre, Abou’d-Derdâ (ra) lui fit savoir qu’il préférait enseigner le livre d’Allah et la sounna du Prophète (saw), et éclairer les gens en matière de religion plutôt que de s’occuper de l’administration. Sur ce, il quitta Médine vers la région Syrienne afin d’enseigner la science aux Damascènes.

Dans une autre transmission, nous retrouvons qu’Omar (ra) envoya Abou’d-Derdâ (ra) et une autre personne pour cette raison suite à la demande d’un enseignant de Coran et de Jurisprudence Islamique du préfet de Syrie Yazid b. Abou Soufyan. Le comité d’enseignants où se trouvait Abou’d-Derdâ (ra) est tout d’abord allé à Homs où il travailla un certain temps. Peu de temps après, Abou’d-Derdâ (ra) continua ses activités à Damas où il y avait plus de besoin. Pendant ce temps, durant la période du préfet de Syrie Mouawiya, il fut amené au poste de cadi de Damas sous l’ordre d’Omar (ra). Abou’d-Derdâ (ra), qui fut le premier cadi de Damas continua sa mission après la période d’Omar (ra), pendant la période du califat d’Osman (ra). A côté de sa mission officielle son activité principale était d’enseigner le Coran aux Musulmans.

En effet, de nombreux Damascènes ont reçu des cours de lecture du Coran de sa part. Il est également rapporté que durant la période du califat d’Osman (ra) il a participé avec de nombreux compagnons à l’opération de conquête de Chypre organisée par le préfet de Damas Mouawiya. Abou’d-Derdâ (ra), passant une importante partie de sa vie après sa conversion à Damas est décédé en l’an 31 ou 32 (651/652). Il a été enterré là-bas dans le cimetière Babous-sagir. Abou’d-Derdâ (ra) a eu deux fils et deux filles, un de ses fils Bilal, fut également cadi de Damas pendant la période des Omeyyades. Abou’d-Derdâ (ra) a été réputé entre les compagnons de par sa takwa (piété) et son dévouement aux actes d’adoration. Auparavant, il faisait du commerce mais, après avoir choisi l’Islam il se consacra à la dévotion et aux actes d’adoration. Il racontait son état ainsi : « Après que le Prophète Muhammad (saw), soit venu avec son message, j’ai voulu faire du commerce tout en faisant des actes d’adoration. Mais, en voyant que les deux n’allaient pas ensemble, j’ai laissé le commerce et je me suis consacré aux actes d’adoration. » 

Malgré son entrée tardive à l’Islam, Abou’d-Derdâ (ra) décida de consacrer le reste de sa vie à sa religion. Il participa à toutes les batailles et en premier à la bataille d’Ouhoud avec le Prophète (saw), Il est raconté qu’il fit preuve de grandes concessions et de bravoure en particulier à Ouhoud. A côtés des activités militaires, Abou’d-Derdâ (ra) continua à se consacrer à la science et, il fit partie des compagnons ayant appris par cœur le Coran du début jusqu’à la fin lors de la vie de l’Envoyé de Dieu (saw).

Lorsque le calife Omar (ra) parti de Médine vers Damas afin de contrôler les fonctionnaires, il fut témoin de l’indifférence d’Abou’d-Derdâ (ra) face aux biens du bas-monde. Il remarqua à la suite de ses observations que tous les bureaucrates, et en premier le préfet de Damas Yazid b. Abou Soufyan, tenaient leurs portes fermées, que leurs pièces étaient recouvertes de soie, qu’ils demandaient l’identité des personnes leur rendant visite, qu’ils vivaient dans la prospérité. En revanche, lorsqu’il alla à la maison d’Abou’d-Derdâ (ra) qui occupait le poste de cadi, il remarqua que sa porte n’avait pas de serrure, qu’il n’avait même pas de lampe dans sa pièce et qu’il vivait en souffrant du froid ne portant qu’un vêtement fin. De plus, il répondait au salam des venants et les acceptait sans même leur demander leur identité, il vivait dans une maison ayant au sol un simple morceau de feutre. Sur ce, il demanda à Abou’d-Derdâ (ra) « N’ai-je pas bien pris soin de toi à Médine ? Quel est cet état dans lequel tu te trouves ici ? » Abou’d-Derdâ (ra) répondit au calife avec un hadith qu’il avait entendu du Prophète Muhammad (saw), « Que vos affaires dans ce monde soient autant qu’une provision d’un voyageur. » Un autre jour, alors que ses amis venus lui rendre visite se plaignirent de dormir à même le sol il leur dit « Nous avons une autre maison où nous allons tous nous y rassembler. »

Dans les transmissions, il est cité qu’Abou’d-Derdâ (ra) exagérait trop en matière de dévotion et de piété et que lorsqu’il se convertit à l’Islam, il négligea même son épouse en se donnant aux actes d’adoration. Il est rapporté que le Prophète (saw), utilisa des expressions élogieuses à son égard telles que « L’homme le plus dévot et le plus pieux de ma communauté », « Le juge de cette communauté ». Par contre, son frère de religion à Médine Selman-i Farisi (ra) l’empêchait d’aller dans l’extrême à ce sujet précisant que la religion n’autorisait pas autant. Abou’d-Derdâ (ra) ne donnant pas d’importance aux biens du bas-monde, a décliné la demande en mariage du fils du calife Yazid b. Mouawiya vivant dans la richesse et, il maria à sa place sa fille avec un Musulman pauvre. Une autre belle caractéristique d’Abou’d-Derdâ (ra) était sa franchise. En effet, Abou’d-Derdâ (ra) ne craignait pas de dire ce qu’il savait et il n’hésitait pas à critiquer les dirigeants malgré le mal qui puisse venir d’eux. Par ailleurs, il conseillait aux gens de faire du bien, de penser à l’au-delà, de s’occuper des orphelins, d’affranchir les esclaves, d’invoquer Allah, d’être humble, de se contenter de peu face au bas-monde et de ne pas faire d’oppression.

Abou’d-Derdâ (ra) est accepté parmi les compagnons en avant en terme de tafsir, de jurisprudence (fiqh), de hadith et de lecture du Coran et, nous savons qu’il a donné de grands services dans ces domaines scientifiques. Pendant sa mission de cadi qu’il a menée soigneusement pendant de longues années, après avoir donné un verdict il rappelait les plaidants une nouvelle fois afin d’être sûr de son jugement. Nous retrouvons cette sensibilité dans les transmissions de hadiths. En effet, après avoir rapporté les hadiths aux étudiants venus de divers pays pour les apprendre de lui, pensant pouvoir faire une quelconque erreur, il disait « le hadith est de cette manière ou d’une manière semblable. » Ainsi, il ne voulait pas prendre la responsabilité d’une erreur probable. Par ailleurs, Abou’d-Derdâ (ra) a pris sa place entre les compagnons transmettant le plus de hadith. Les hadiths qu’il a transmis sont au nombre de 179. Les ashab tels que Anas b. Malik (ra), Abdoullah b. Amr b. Âs (ra), Abdoullah b. Abbas (ra), son épouse Oummou’d-Derdâ, son fils Bilâl et les tabi’uns tels que Joubayr b. Noufayr, Abou Idris al-Hawlani, Saîd b. Moussayyab et Ata b. Yassar ont transmis des hadiths rapportés par Abou’d-Derdâ (ra). Certains hadiths rapportés par Abou’d-Derdâ (ra) sont ainsi :

« Celui qui emprunte un chemin par lequel il recherche une science Allah lui fait prendre par cela un chemin vers le paradis. Certes les anges tendent leurs ailes par agrément pour celui qui recherche la science. Certes tous ceux qui sont dans les cieux et la terre, même les poissons dans l'eau, demandent pardon pour le savant. Le mérite du savant par rapport à l'adorateur est comme le mérite de la lune par rapport aux autres étoiles. Et certes les savants sont les héritiers des prophètes, et les prophètes n'ont pas laissé comme héritage des dinars ou des dirhams mais ils ont laissé comme héritage la science. Ainsi, le degré gagné d’une personne sera à la mesure de la science, étant l’héritage des Prophètes, qu’il aura acquise. »

“La chose pesant le plus le jour du jugement dernier est la morale, c’est à dire le bon caractère.”

« Voulez-vous que je vous dise quelque chose plus élevé d’un degré en mérite que la prière, le jeûne, l’aumône ? C’est de réconcilier les gens. »  

« Celui qui protège l’honneur et l’intégrité de son frère en religion alors que les gens parlent derrière lui, Allah le protègera le jour du jugement dernier du feu de l’enfer. »

« Celui à qui les bienfaits d’un caractère doux et de paroles douces ont été donnés, aura eu l’honneur d’avoir une grande bonté. Celui qui aura été privé de ceci, aura été privé d’une grande bonté. »

Abou’d-Derdâ (ra) ayant donné d’importants services dans le domaine de la jurisprudence islamique et du hadith a été réputé en même temps par son enseignement du Saint Coran. En effet, par cette raison le nom de « Dimaşk mukrii » (le maître de la lecture du Coran) lui a été donné. Chaque jour, il commençait à faire lire ses étudiants après la prière du matin. Avant le cours, il séparait ses élèves par groupes de dix et, il nommait un enseignant indépendant à la tête de chaque groupe. Pendant que les enseignants faisaient travailler les élèves, il s’asseyait dans le mihrab, de temps en temps il se promenait entre les groupes afin de contrôler les cours donnés. Les élèves ayant atteint un certain degré dans la lecture du Coran, venait ensuite donner directement leurs leçons à lui. Il est rapporté que le nombre d’élèves participant au cours de lecture du Coran d’Abou’d-Derdâ (ra) atteignait de temps à autre 1600 personnes. Il est cité que dans l’histoire de l’éducation Islamique cette méthode d’apprentissage du Coran a été commencée la première fois par lui. Au final de ses activités d’éducation, Abou’d-Derdâ (ra) a éduqué des centaines de hâfiz (personne connaissant le Coran par cœur). Parmi les personnes apprenant le Coran de lui nous retrouvons son épouse Oummou’d-Dardâ, Atiyya b. Kays al-Kilabi, Khalid b. Ma’dan et le préfet de Ba’labak Souwayd b. Abdoulaziz. Nous savons aussi qu’un des 7 fameux imams de la lecture du Coran Ibn Âmir a pris des cours de lui.

Abou’d-Derdâ (ra), à côté de son attribution à la science, a été réputé par ses paroles et ses conseils remplis de sagesse. Voici quelques-unes de ces belles paroles :

« Lorsque le serviteur s’occupe de l’adoration d’Allah, Allah l’aime et, le fait aimer à ses créatures. »

« Le pic de la foi est la patience envers les choses qui nous atteignent, la satisfaction du destin, une résignation sincère et se soumettre à Allah. »

« Une heure de méditation est meilleure qu’une nuit passée en adoration. »

« A celui qui ne sait pas une fois quel dommage, à celui qui sait mais ne fait pas sept fois quel dommage ! »

« La science n’est possible qu’en cherchant et en apprenant. La personne croyant que partir le matin pour la science et rentrer le soir n’est pas le jihad a un manque d’intelligence. »

« Le peuple n’aime pas trois choses : La pauvreté, la maladie et la mort. Alors que moi, j’aime beaucoup ces trois choses. La mort car je souhaite rejoindre mon Seigneur, la pauvreté car elle me rend humble, la maladie car elle efface mes pêchers. »

« L’homme ne doit pas se plaindre des catastrophes qui lui arrivent, il ne doit pas raconter ses douleurs et sa tristesse à autrui, il ne doit pas essayer de se disculper avec ses paroles. »  

 

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