Le Prophète Muhammad (saw)
Sa vie sociale
 

Le Prophète Muhammad (saw) et la vertu d’hospitalité

Avec la multiplication de la pauvreté et de la misère sociale …, l’hospitalité face à l’afflux des réfugiés vient nous interroger dans notre humanité, dans notre rapport à l’autre, à l’étranger et dans notre rapport à Dieu. En effet, accepter quelqu’un chez soi, en prendre soin et le protéger suppose par essence la reconnaissance chez l’autre d’une humanité que l’on partage avec lui ; c’est cette humanité qui va rendre possible l’échange et la compréhension.

Depuis l’avènement de l’humanité, l’hospitalité a été toujours considérée comme une qualité sociale et morale. Synonyme de générosité et symbole de solidarité, l’hospitalité a été au cœur des principes religieux[1] et des philosophies humanistes. Le Dictionnaire historique de la langue française dit ceci : à l’origine, l’hospitalité n’est pas une qualité, mais un lieu. Les « hospitalités », au XIII ème  siècle, étaient ces établissements religieux qui accueillaient pauvres et les voyageurs (d’où viennent aussi les mots « hospices » et autres « hôpitaux », hospitaliers d’abord parce qu’ils étaient gratuits)[2]. Néanmoins, aujourd’hui, comme le constatent certains sociologues[3], l'hospitalité au sens large est devenue soit une affaire privée, soit un devoir que les États doivent prendre en charge. Au-delà du la solidarité sociale et l'accueil étatique, c’est une politique de « l’hospitalité de proximité » qu’il faut recréer pour, non pas seulement secourir, mais véritablement accueillir.

Avec la multiplication de la pauvreté et de la misère sociale …, l’hospitalité face à l’afflux des réfugiés vient nous interroger dans notre humanité, dans notre rapport à l’autre, à l’étranger et dans notre rapport à Dieu. En effet, accepter quelqu’un chez soi, en prendre soin et le protéger suppose par essence la reconnaissance chez l’autre d’une humanité que l’on partage avec lui ; c’est cette humanité qui va rendre possible l’échange et la compréhension[4].

Dans cet article, nous nous focalisons sur l’hospitalité, en tant que qualité prophétique, à laquelle l’Islam a accordé une importance capitale. 

Le Prophète Muhammad (saw) a été connu - parmi les siens - par sa générosité et son hospitalité exemplaires. Abdû Allah Ibn Abbâs (ra) décrivait un homme très généreux, tel un vent de solidarité qui souffle : "Le Prophète d'Allah était le plus généreux des hommes, et particulièrement au mois de Ramadân, lorsque l'Ange Gabriel le rencontrait pour la révélation et lui enseignait le Coran. Sa générosité était ininterrompue comme le souffle continu du vent bénéfique "[5]. Sa femme Khadija (r.anha), témoignait de sa générosité et de son sens de don de soi : « …. Tu es un homme fidèle, qui renoue ses liens familiaux, et généreux qui accueille chaleureusement ses invités, et solidaire qui soulage les souffrances des gens les plus démunis et les plus fragiles…etc. » [6]. En effet, le Prophète Muhammad (saw), accessible et disponible a toujours ouvert son cœur et sa porte aux autres. Anas (ra) rapporte : « Le Prophète (paix et salut sur lui), était miséricordieux et quiconque vient à lui, il lui promet et réalise sa promesse, et s’il possède quoi que ce soit il lui donne »[7]. Sa demeure était un lieu d’accueil, d’hospitalité, au point d’être submergée par les visites continues et parfois même de supporter l’incivilité de certains bédouins à des moments de repos : « Ceux qui t’appellent à haute voix de derrière les appartements, la plupart d’entre eux ne raisonnent pas. Et s’ils patientaient jusqu’à ce que tu sortes à eux ce serait certes mieux pour eux. Allah cependant, est Pardonneur et Miséricordieux »[8].D’ailleurs, le Coran a maintes fois rappelé aux compagnons le devoir de respecter l’intimité du Prophète Muhammad (saw) et de ne pas abuser de sa générosité, de sa gentillesse et de sa pudeur : « Ô vous qui croyez ! N’entrez pas dans les demeures du Prophète, à moins qu’invitation et permission ne vous soient faite à un repas, sans être là à attendre sa cuisson. Mais lorsqu’on vous appelle, alors, entrez. Puis, quand vous aurez mangé, dispersez-vous, sans chercher à vous rendre familiers pour causer. Cela faisait de la peine au Prophète, mais il se gênait de vous (congédier), alors qu’Allah ne se gêne pas de la vérité »[9]. Les théologiens musulmans ont puisé du Coran et de la Sunna des règles éthiques de bienséance à respecter pour trouver la bonne distance entre intimité et sociabilité. D’ailleurs, l’architecture des maisons musulmanes a été conçue de façon à délimiter l’espace personnel et l’espace des invités. L’espace le plus spacieux et le plus agréable est baptisé « espace des hôtes » et est réservé aux invités.

L’hospitalité est un devoir moral et un acte spirituel de base. Le Prophète Muhammad (saw) disait : « Celui qui croit en Dieu et au Jour Dernier (l’au-delà), qu’il honore ses invités ». Certains demandèrent : « Et quel est son droit, Prophète de Dieu ? » - « Une nuit et un jour. L’hospitalité étant de trois jours, tout ce qui excède cette période constitue alors une aumône » répondit le Prophète (saw).

Ce geste charitable consistait à loger et à nourrir gratuitement les pauvres et les voyageurs, les sans-abris, les réfugiés de guerre, les passants. L’hospitalité se pratique avant tout au profit des pauvres, des exclus, des marginalisés. Il s’agit de les nourrir, de les vêtir et de les accueillir, avec humilité et humanité. Par exemple, le voyageur en perte de repère a un statut particulier en Islam « Ibn Assabil », terme qui se traduit littéralement par « enfant de la rue » qui a droit d’être accueilli, aidé et soutenu : « Et donne au proche parent ce qui lui est dû ainsi qu’au pauvre et au voyageur « ibn Assabil » (en détresse). Et ne gaspille pas indûment »[10]. En effet, à cette époque, l’hospitalité représentait la survie, car face à la dureté de l’environnement, bien souvent le désert, refuser hospitalité à une personne signifiait la condamner à mort. À cela s’ajoute un cadre politique instable avec des luttes et conflits entre tribus nomades ou sédentaires[11]. En effet, les Arabes ont développé une véritable culture de l’hospitalité, au point que l’un des leurs, appelé « Hathim At-T’aaiy » est devenu une légende et une figure emblématique de l’hospitalité. Les Arabes donnaient même symboliquement un nom spécial à la nourriture des invités : « Al Quiraa ».  Ainsi de nombreux poèmes et chants, récités lors de concours entre tribus, célèbrent l’hospitalité comme valeur cardinale.

L’hospitalité dépasse ainsi le simple respect d’une coutume pour entrer dans une dimension mystique, en tant que valeur spirituelle. Le Prophète (saw) s’inspirait de la tradition de son père Ibrahim (as) (Abraham), à qui il ressemblait autant sur le plan moral et physique. En effet, le Coran donne l’exemple de l’hospitalité émanant de la tradition Abrahamique qui est un modèle d’hospitalité, de charité et de générosité à l’égard des hôtes : « Le récit des honorables hôtes d’Ibrahim t’est-il parvenu ? Quand ils entrèrent chez lui et dirent : ‘‘Paix !’’, Ibrahim (as) leur répondit : ‘’Paix, gens inconnus !’’ Puis il alla discrètement trouver les siens et apporta un veau bien gras qu’il présenta à ses hôtes, puis leur dit ensuite : ‘’Vous n’en mangez pas ?’’[12] .

Cette expression en arabe : «  Ne t’est-il pas parvenu ? » est une forme de questionnement suscitant la curiosité et marquant l’importance de l’événement[13]. De ce verset court et profond, les exégètes ont tiré plusieurs convenances, en matière d’hospitalité :

- L’honorabilité des invités d’Ibrahim dans ce verset, signifie qu’Il les a accueillis avec honneur et bonheur.

- La salutation des arrivants (L’accueil des arrivants) et les souhaits de bienvenue, comme le faisait le Prophète (saw) « Salam : paix sur vous », bien qu’il ne les connût pas.

- L’intention de ne pas mettre ses invités dans la gêne par des questionnements maladroits, comme : « Est-ce que vous mangez quelque chose ? ». En effet, le geste d’Ibrahim (as), en se rendant discrètement chez sa femme illustre ce tact et cette délicatesse.

- La qualité de la nourriture de prestige (un veau jeune bien cuit…) pour être bienveillant envers ses invités.

- Des gestes de bienveillance, comme le fait de rapprocher la nourriture de ses invités «  et il a fait rapprocher... » et de prononcer  de tendres et attentionnés mots de bienvenue : « Veuillez manger… ».

L’hospitalité est un devoir moral et un acte spirituel de base. Le Prophète Muhammad (saw) disait : « Celui qui croit en Dieu et au Jour Dernier (l’au-delà), qu’il honore ses invités ». Certains demandèrent : « Et quel est son droit, Prophète de Dieu ? » - « Une nuit et un jour. L’hospitalité étant de trois jours, tout ce qui excède cette période constitue alors une aumône » répondit le Prophète (saw).

Bien entendu, toute culture se dote de ses propres règles de bienséance ou de rituels de politesse qu’il convient - selon l’expression du sociologue Goffman -  de prendre en considération dans la façon de traiter ses invités.  On sait bien par exemple comment le verre d'eau ou la tasse de café ou de thé représente dans les pays méditerranéens le geste de l'hospitalité le plus spontané et le plus immédiat, et combien la table et le banquet sont le centre, le foyer principal autour duquel s'organise l'hospitalité.

Soucieux de la centralité de la valeur de l’hospitalité dans la consolidation des liens sociaux et familiaux, une fois arrivé à Médine, le Prophète Muhammad (saw) a appelé les gens dans son premier sermon à faire preuve de générosité. Ces paroles justes ont être rapportées par un rabbin de l’époque, Abdûllah Ibn sallâm, qui dit avoir entendu le Prophète (saw)  dire : « Ô gens, propagez la paix et offrez de la nourriture ». Ce principe de « repas offert » est indéniablement un acte de solidarité de base, à l’image des « Restos du cœur » :  répondre aux besoins des plus démunis, sans considération religieuse, politique ou idéologique. D’ailleurs, le Prophète (saw) invitait à faire preuve de générosité, même envers les prisonniers de guerre dans un contexte de conflit : « et offrent la nourriture, malgré son amour au pauvre, à l’orphelin et au prisonnier »[14]. Le Coran loue même ceux qui incitent les gens à le faire, à l’instar des « associations humanitaires », qui œuvrent pour le bien commun. Nombre d’expiations religieuses Kaffarat (rachat des péchés ...) consistent à nourrir le pauvre, non seulement en lui offrant un repas, mais en l’invitant autant que possible chez soi ou dans un restaurant pour marquer un respect à son égard et préserver sa dignité. Il n’est pas à traiter avec mépris ni à tenir à distance. Il est un chemin pour parvenir à nous-mêmes. Un homme vint lui demander l'aumône : "Je n'ai rien avec moi, lui répondit-il, mais va acheter à crédit à mon nom et s'il nous vient quelque chose, nous le rembourserons". Lorsque le Messager d’Allah (saw) recevait quelque bien, il ne trouvait de répit qu’après l’avoir offert à autrui. Umm Salamah, la femme du Prophète (Saw), rapporta qu’un jour, il rentra à la maison, l’air inquiet. Elle lui demanda ce qui n’allait pas. Il répondit que les sept dinars qu’il avait reçus la veille étaient restés sur son lit jusqu’au soir sans avoir été distribués. Son cœur ne s’apaisa que lorsque la somme fut distribuée.

Pour rappel, au moment de l’Hégire, le Prophète (saw) est arrivé à Médine et cela a constitué à l’époque un flux migratoire sans précédent. Pour instaurer un lien fraternel entre la population locale et la population immigrée, il institua un système de parrainage basé sur la solidarité et l’hospitalité. En effet, chaque famille d’accueil devait faire preuve d’hospitalité en hébergeant une personne ou une famille selon ses possibilités. Ce système de parrainage a permis de révéler des expériences de solidarité humainement très riches. D’ailleurs, le Prophète (saw) lui-même a été reçu par une famille d’accueil en la personne généreuse de Abû Ayoub Al Ansari (ra), qui repose en paix dans une terre d’hospitalité, la Turquie, accueillant à l’heure actuelle des millions de réfugiés syriens dans le respect de la dignité humaine. 

Ce devoir d’hospitalité est régi par des règles et des principes ethniques permettant d’éviter toute dérive. Le Prophète (saw) annonce avec pragmatisme et réalisme à ses compagnons : « Il n’est pas permis au musulman de séjourner chez son frère au point de le faire pécher – Ô, messager d’Allah, comment le faire pécher ? dirent-ils  – En séjournant chez lui alors qu’il n’a rien pour  accorder l’hospitalité », répondit-il.

Certes, au mois de Ramadan, mois du partage par excellence, ce vent de solidarité souffle encore plus intensément pour venir en aide aux sans-abris, aux pauvres et aux nécessiteux. Or, aujourd’hui, nous sommes dans une politique de l’urgence où il s’agit au mieux de secourir, mais non d’accueillir. Au-delà de l’urgence, les mosquées, en tant que lieux d’hospitalité doivent concevoir un plan de solidarité permanant et durable. Plusieurs procédés financiers pratiques sont préconisés en Islam, comme « une caisse de Zakat » dédiée à des actions humanitaires. Face à cela, les mosquées doivent apprendre à développer de nouveaux réseaux d’assistance et de solidarité avec les autres associations œuvrant pour les mêmes causes, en s’inspirant des expériences paroissiales préexistantes. Ces dimensions sociales de la religion, l’accueil, l’hospitalité, le partage de la nourriture avaient le mérite de rassembler tout le monde, autour des valeurs communes de fraternité.

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[1] Par exemple, dans le livre de l’Exode, l’acte d’hospitalité fait partie intégrante du pacte d’alliance qui unit Dieu à Son peuple : « Tu n’opprimeras pas l’étranger. Vous savez ce qu’éprouve l’étranger, car vous-mêmes avez été étrangers au pays d’Egypte » (Ex, 23, 9). Ce devoir s’impose au peuple d’Israël car il a lui-même été étranger : il est donc justifié par une mémoire commune de l’exil.

[2] Vincent Villeminot. Ecrivain et ancien rédacteur au journal La Rue. Enfermons les pauvres ! 

[3] cf. Anne Gotman (sociologue), Le sens de l'hospitalité. Essai sur les fondements sociaux de l'accueil de l'autre, Collection Le lien social, PUF, 2001. La sociologue Anne Gotman aborde l’hospitalité sous les angles historique, sociologique et anthropologique. Elle s'appuie sur de nombreuses interviews : personnes hébergeant des proches, familles candidates à l'accueil de réfugiés, volontaires de l'aide associative aux malades du sida. Elle analyse les règles de fonctionnement de cette et décrit les interactions entre l'invité, celui qui reçoit et les membres de sa famille. 

[4]Anne Dufourmantelle, « L’hospitalité, une valeur universelle ? », Insistance 2012/2 (n° 8), p. 58.

[5] Rapporté par al-Bukhârî(1/5 ;3/33 ;4/137) et Muslim(kitâb al-fadâil/48 ;50).Voir aussi : Fath al-bârî (10/455). 

[6] Rapporté par Muslim. Cette phrase a été prononcée lors de son arrivée de la caverne de Hiraa, alors qu’il était  paniqué après avoir reçu la Révélation.

[7] Rapporté par Al-bukhârî dans le « Adab », Ahmad Ibn Hanbal (5/53) et At-tabarânî dans le « Kabîr » (19/288). 

[8] SOURATE 49, AL-ḤUJURĀT (LES APPARTEMENTS), V4, 5.

[9] SOURATE 33 ( les coalisés), v53.

[10] SOURATE 17, AL-ISRA˓(LE VOYAGE NOCTURNE), v 26.

[12] SOURATE 51 AḎ-ḎĀRIYĀT (QUI ÉPARPILLENT), v24-27.

[13] Comme le fait n’importe quelle personne impressionnée par  un événement : « N’es-tu pas au courant de ceci ou de cela ?! ».

[14] SOURATE 76 AL-INSĀN (L’HOMME), V8.

 

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