Dossiers
Divers
 

L'évènement de Kerbela dans toutes ses dimensions

Il convient ici de préciser qu’il serait infondé de justifier l’action de Hussein contre le pouvoir omeyyade en invoquant comme unique raison l’appel que lui lancèrent les Koufites. Et pour cause, avant même que ne lui parvienne une quelconque lettre d’exhortation, il quitta Médine à destination de la Mecque et refusa la légitimité de Yazid qui s’était auto-proclamé calife en dépit des règles de concertation et d’élection.

Après la mort de Muawiya et l’accession de Yazid au califat, les opposants au pouvoir, à Koufa, se mirent aussitôt sur le pied de guerre et décidèrent de convier Hussein qui se trouvait à la Mecque, à les rejoindre. Ce faisant, les opposants koufites, réunis chez Suleyman bin Sourad, rédigèrent une missive adressée à Hussein. Dans la lettre, ils l’appelèrent à se rendre à Koufa pour rassembler contre Yazid les hommes dispersés et divisés et lui firent, le cas échéant, la promesse de le nommer calife et combattre Yazid à ses côtés. [1] D’autres missives comprenant des demandes et des promesses similaires se succédèrent. Si bien que Hussein, s’adressant au Koufites, leur rédigea la réponse suivante: “Je pense avoir compris toutes vos inquiétudes. Je vous dépêche mon cousin Muslim. Je l’ai enjoins de m’écrire sur votre état, votre situation ainsi que vos points de vue. Lorsqu’il me confirmera que vos notables ont pu établir un consensus sur les informations qu’ils m’ont respectivement envoyées auparavant, alors je serais, avec la permission d’Allah, bientôt parmi vous.” [2]

Les Irakiens, qui avaient entamé la lutte pour le pouvoir en soutenant Ali, avaient essuyé une défaite face aux Syriens qui avaient, pour leur part, lutté sous le commandement de Muawiya. Il en résulta que le siège de l’Etat, et par conséquent son trésor, fut transféré de Koufa à Damas. Dans ces conditions, les Irakiens qui se considéraient jusque-là comme les véritables dépositaires de l’Etat,  en étaient réduits à n’être qu’une province assujettie au pouvoir central. Désormais, les produits et rentes des vastes territoires qu’ils avaient conquis étaient sous le contrôle des Chamites. Tandis que les Irakiens étaient contraints de s’accommoder de salaires dont le montant tantôt diminuait, tantôt augmentait selon le bon vouloir du pouvoir mais qui, dans tous les cas, n’atteignait jamais l’équivalent de celui des Chamites. Ces nouvelles conditions suscitaient un grand mécontentement chez les fiers habitants de l’ancienne capitale et ne faisaient qu’exacerber leur ressentiment vis-à-vis du pouvoir. Pour manifester leur colère, ils se soulevèrent contre le pouvoir dès que l’occasion se présenta. Lorsqu’ils voulurent se mobiliser contre les Omeyyades, la première chose qui leur vint à l’esprit était Ali et ses enfants. En effet, la nostalgie des jours heureux ainsi que la déférence témoignée à Ali poussaient la quasi-totalité des Irakiens à approuver la révolte contre les Omeyyades. Cependant, cette approbation ne parvenait jamais à se traduire en un véritable soutien armé. Par conséquent, toutes les révoltes, initiées au nom d’Ahl al-Bayt et suscitant un élan d’enthousiasme mais s’estompant aussi rapidement tel un feu de paille, demeurèrent sans effet face au pouvoir des Omeyyades.

La plupart de ces initiatives se soldèrent de façon tragique pour les enfants d’Ali, considéré comme le chef de ce mouvement. Dans l’histoire de l’Islam, le premier maillon de cette chaine de tragédies fut représenté par l’évènement sanglant de Kerbala, constituant les représailles sur l’initiative de Hussein.

Il convient ici de préciser qu’il serait infondé de justifier l’action de Hussein contre le pouvoir Omeyyade en invoquant comme unique raison l’appel que lui lancèrent les Koufites. Et pour cause, avant même que ne lui parvienne une quelconque lettre d’exhortation, il quitta Médine à destination de la Mecque et refusa la légitimité de Yazid qui s’était auto-proclamé calife en dépit des règles de concertation et d’élection. D’autre part, il était notoire qu’Hussein se considérait plus apte et plus digne à diriger les musulmans que Yazid. Le fait qu’il considérait Yazid inapte à diriger les musulmans en raison de son impiété et de son ignorance joua un rôle non négligeable dans son engagement dans la lutte politique. Il faut pourtant admettre le fait qu’en sus de toutes ces raisons que l’on pourrait invoquer pour expliquer l’initiative de Hussein, les lettres d’appel provenant de Koufa encouragèrent, à ce titre, son engagement, tout au moins, déterminèrent les circonstances temporelles et la ligne de son champs d’action politique. [3]

Ainsi, aux yeux de la population irakienne, le califat omeyyade ne fut rien d’autre qu’un acte d’occupation sur les terres de l’Islam et de l’ancienne capitale, Koufa. 

Avant de passer à l’action, Hussein dépêcha au préalable son cousin Muslim bin Akil à Koufa. Ce dernier, à son arrivée, reçu un accueil chaleureux et bienveillant. Pour commencer, il détermina la demeure de Mokhtar es-Sekafî comme le siège de l’action. Tirant parti de la personnalité conciliante du gouverneur No’man bin Bachir, il organisa des réunions avec les partisans d’Ali. La plupart des participants promettaient de combattre aux côtés de Hussein. Au point qu’un nombre important de partisans fut rassemblé. Sur ces entrefaites, Muslim envoya un message à Hussein lui suggérant de rejoindre la ville. [5]

Pour Hussein, le fait que les lettres d’exhortation provenaient des Koufites n’était pas une situation foncièrement inattendue. En effet, il s’agissait de la ville que son père, Ali, ainsi que son frère ainé Hassan considéraient comme la capitale politique. En outre, la grande majorité des partisans d’Ali y résidaient. Il n y a pas si longtemps, le souvenir des exactions de Muawiya commis contre eux tantôt par la main de Ziyad tantôt par celui de son fils Ubaydullah demeurait vivace. De surcroit, Muawiya, pendant les 20 années ne daigna rendre visite, ne fut-ce qu’une seule fois, en Irak pour regagner leurs faveurs ou leur manifester quelque sympathie. Ainsi, aux yeux de la population irakienne, le califat omeyyade ne fut rien d’autre qu’un acte d’occupation sur les terres de l’Islam et de l’ancienne capitale, Koufa. Par conséquent, le fait que les Chamites les privèrent, par la main de Muawiya, de tout ce qu’ils avaient acquis à l’époque d’Ali, décida les Irakiens à retenter leur chance de reconquérir leurs anciennes prérogatives par l’entremise de Hussein. [4]

De l’autre côté, les partisans omeyyades qui se trouvaient présents à Koufa, écrivant à Yazid, l’avisèrent du laxisme du gouverneur face aux évènements et de la nécessité de le remplacer par un autre gouverneur plus ferme s’il souhaitait conserver l’autorité sur Koufa. Aussi, sur ordre du calife, l’administration de la ville fut confiée à  Ubaydullah bin Ziyad, gouverneur de Bassora. Ce dernier, à peine arrivé à Koufa, prononça un discours qui appelait la population à l’obéissance et dont la teneur était menaçante :

 « Le calife m’a nommé gouverneur de votre ville et percepteur de vos impôts. Il m’a ordonné d’être bienfaisant avec vos opprimés, de nourrir vos nécessiteux, de bien traiter ceux qui obéissent à l’Etat et de réprimer sévèrement les rebelles et les fomentateurs.  Je suis là pour exécuter son ordre et j’exécuterai tous ses ordres. Je me comporterai tel un père compatissant avec ceux, parmi vous, qui seront bons et tel un frère avec ceux, parmi vous, qui seront obéissants. Mon épée et mon fouet seront aux trousses de ceux qui refuseront mes ordres et se rebelleront contre moi. A partir de maintenant, que chacun agisse comme il l’entend» [6]

Sur ces menaces du gouverneur, les Koufites, rassemblés autour de Muslim bin Akil, commencèrent à se disperser. Après cela, Muslim se réfugia chez Hânî bin Ourva al-Mourâdî, un des chefs des partisans d’Ali de la ville pour y reprendre son action. Quant au gouverneur, Ubaydullah bin Ziyad, celui-ci surveillait attentivement chacun de ses gestes. À cet effet, un homme parmi les esclaves affranchis se faisant passer pour un partisan d’Ali s’introduit auprès de Muslim et commença à rencontrer les membres qui s’y rendaient. Il informa le gouverneur de l’identité de ceux qui fréquentaient la demeure de Hani et des échanges qui s’y déroulaient.  Plus tard, Ubaydullah bin Ziyad convoqua Hani et lui demanda son avis sur le déroulement des faits. Si dans un premier temps, son interlocuteur nia les propos rapportés, il fut finalement contraint de reconnaitre la nature de ses relations avec Muslim bin Akil ainsi que celle des actions menées dans sa demeure lorsqu’il fut mis en présence de l’affranchi. Il s’en expliqua toutefois en précisant qu’il n’avait pas invité Muslim mais qu’il dut le garder comme un hôte, n’ayant pu lui refuser l’hospitalité lorsque ce dernier se présenta à sa porte et, qu’avec la permission du gouverneur, il le congédierait de sa maison. Seulement, lorsqu’Ubaydullah lui fit savoir qu’il ne lui consentirait rien hormis le fait qu’il lui livre Muslim, Hani, craignant l’opprobre qu’engendrerait l’exécution de son hôte suite à sa trahison, refusa cette proposition. Il s’ensuivit qu’Ubaydullah fit emprisonner Hani après l’avoir violemment battu. [7]

Lorsque Muslim bin Akil apprit ce qui advint à son hôte il envoya un message à ceux qui avaient promis de s’engager à ses côtés, leur indiquant que le temps était venu de se rassembler et d’informer ouvertement la population de leur action. À cet appel, les partisans d’Ali qui se trouvaient dans la ville commencèrent à marcher en direction du palais du gouverneur. Craignant qu’avec cette foule de plus en plus nombreuse la situation ne joue en sa défaveur, Ubaydullah ordonna aux notables qui se trouvaient à ses côtés de sortir dehors et de rappeler leurs proches respectifs afin de les extirper de la foule en promettant à ceux qui obtempéreraient une récompense et en usant de dissuasion aux réfractaires qui persisteraient dans la rébellion. Lorsque les chefs des tribus sortirent et s’adressèrent à leurs proches, la foule rassemblée autour du palais du gouverneur commença à se disperser rapidement. À tel point qu’il ne resta aux côtés de Muslim bin Akil seulement un groupe d’une trentaine de personnes. Lorsque, peu de temps après, ces derniers aussi l’abandonnèrent, Muslim, ne sachant que faire, s’enfonça dans les rues de la ville. Finalement, il put trouver refuge auprès d’une vieille femme nommée Tav’a et issue de la tribu de Kinda. De l’autre côté, le gouverneur, après la dernière prière, s’adressa à la foule et annonça une violente sanction à ceux qui protègeraient Muslim et une récompense à ceux qui le livreraient ou indiqueraient le lieu de son refuge. Au même moment, toutes les entrées de la ville furent bloquées et des fouilles commencèrent à être effectuées dans les demeures. [8]

Le lendemain matin, le fils de la vieille femme auprès de laquelle Muslim avait trouvé refuge informa le gouverneur que ce premier était caché dans sa demeure. Muslim fut donc arrêté et conduit devant le gouverneur. Il fut ensuite exécuté sur le toit du palais. À sa suite, Hânî bin Ourva qui avait été emprisonné auparavant fut tué sur ordre du gouverneur. (9 Dhoulijja 60 / 10 Septembre 680) [9]

Hussein, lorsqu’il reçut la lettre de Muslim l’invitant à se rendre à Koufa, décida de passer à l’action. Informé de ses préparatifs de départ, Abdullah bin Abbâs le mit en garde en lui indiquant qu’il ne devait accorder aucune confiance aux Irakiens et que ceux qui l’exhortaient à les rejoindre étaient susceptibles de l’abandonner à tout moment. À l’opposé, Abdullah bin Zubair encouragea son départ pour l’Irak arguant : « Si je disposais comme toi de partisans je n’aurais manifesté aucune hésitation à partir là-bas. » [10] Le lendemain, Abdullah bin Abbâs revint à la charge et tenta à nouveau de le dissuader de partir en lui suggérant que si, en tout état de cause, il souhaitait à tout prix mener une action, il lui serait plus judicieux de l’entamer au Yémen où il trouverait des soutiens plus sincères. Mais ces propos ne furent pas suffisants pour convaincre Hussein qui resta campé sur ses positions. [11]

Après que les préparatifs furent achevés, Hussein, emprunta avec sa famille le chemin de Koufa depuis la Mecque la 60ème année de l’hégire et le huitième jour du mois de Dhoulhijja (9 septembre 680). Chaque personne qu’il croisa lors de son voyage lui recommanda de ne pas faire confiance aux Koufites et de rebrousser chemin. Parmi eux citons le célèbre poète Farazdaq qui recommanda également à Hussein de ne pas se rendre en Irak lui rappelant que : « Les cœurs des Koufites sont avec toi mais leurs épées sont avec les fils d’Oumeyya » Seulement, sa recommandation fut tout aussi vaine. [12] À cet instant, la lettre envoyée de la Mecque par Abdullah bin Jafar lui parvint. Abdullah bin Jafar supplia littéralement Hussein de rebrousser chemin, l’alertant sur le péril auquel cette expédition exposait toute sa famille, l’informant que le gouverneur de la Mecque, Amr bin Sa‘îd, avait sollicité sa protection. Encore une fois, cette tentative, non plus, ne suffit pas à dissuader Hussein de se rendre en Irak. [13]

"Mais nul ne peut s’opposer à la volonté d’Allah, le Tout-Puissant et le Majestueux." 

Lors de sa marche, on lui apprit que son frère de lait, Abdullah bin Bouktour, qu’il avait envoyé comme émissaire auprès de Muslim à Koufa, fut arrêté par les gardes de Husayn bin Numayr et conduit à Koufa où il fut exécuté sous la torture par Ubaydullah. Sur cette nouvelle, Hussein fit savoir qu’il avait totalement perdu espoir en ses partisans à Koufa et qu’à partir de ce point il ne blâmerait pas ceux qui voudraient rebrousser chemin. Sur ces propos, une partie de ceux qui s’étaient joints à l’expédition commencèrent à se séparer. Au final, il ne resta, aux côtés de Hussein, uniquement sa famille qui l’accompagnait depuis la Mecque. [16] A ce moment, Abdullah bin Mouti qui arrivait d’Irak mit en garde Hussein par ces propos : « Au nom d’Allah, nous te demandons de revenir sur tes pas. Je jure au nom d’Allah que tu marches uniquement sur un chemin qui te mène tout droit sur des épées tranchantes. Si les hommes qui t’ont jusque-là informé ne t’avaient pas contraint à prendre les armes, s’ils avaient tout préparé pour toi avant ta venue et que tu pris la route uniquement dans ce cas, cela aurait été pertinent. Mais dans le cas présent je ne pense pas que ton action soit raisonnable ». Cependant, Hussein adressa à son interlocuteur la réponse suivante : « Je suis bien informé de la situation dont tu me parles. Mais nul ne peut s’opposer à la volonté d’Allah, le Tout-Puissant et le Majestueux. » [17] De l’autre côté, lorsqu’Ubaydullah bin Ziyad, le gouverneur de Koufa qui avait neutralisé Muslim bin Akil apprit que Hussein menait une expédition depuis la Mecque il dépêcha une troupe armée sous le commandement de Husayn bin Numayr destinée à surveiller les routes de passage de l’expédition.[14] Pendant ce temps, Hussein continuait sa route. Lorsqu’il atteignit le lieu-dit Sâlebiyye, la nouvelle de l’exécution de Muslim bin Akil par Ubaydullah bin Ziyad lui parvint. A cette nouvelle, certains hommes de l’expédition jugèrent désormais inutile de continuer, n’ayant plus d’auxiliaires à Koufa et, de surcroit, que cela signifiait mettre leurs vies en péril. Seulement, les enfants de Muslim annoncèrent cette fois qu’ils ne retourneraient pas sur leur pas tant qu’ils n’auraient pas vengé leur père. Sur ces propos, Hussein prit la décision de continuer. [15]

En poursuivant sa route vers Koufa, Hussein croisa, sur le lieu-dit Dhou Housoum, la troupe envoyée par Husayn bin Numayr qui campait à Qadisiya et qui se trouvait sous le commandement de Hourr bin Yazid. Leur rôle consistait à surveiller en permanence les convois en provenance de la Mecque et de les faire parvenir à Koufa. Hussein fit savoir à ses interlocuteurs qu’il ne se rendrait pas auprès d’Ubaydullah. Hourr bin Yazid rétorqua: “Je n’ai pas reçu l’ordre de te combattre, seulement de t’accompagner jusqu’à Koufa. Si tu venais à refuser je ne t’emmènerais pas à Koufa. Cependant, tu devrais d’ores et déjà t’atteler à emprunter une route qui ne te mène pas à Médine. A cet égard, j’écrirai à Ibn Ziyad, et toi écris à Yazid ou Ibn Ziyad. Peut-être  Allah m’accordera-t-il, de la sorte, une voie salutaire en m’épargnant toute action contre toi ». Sur ces propos, Hussein emprunta une autre destination médiane entre la route de Koufa et celle de Médine. Les soldats Irakiens le suivaient. Peu de temps après, la lettre d’Ubaydullah bin Ziyad arriva. Le gouverneur de Koufa donna l’ordre à Hourr bin Yazid d’empêcher Hussein de prendre refuge sur une place forte ou escarpée et de le contraindre à camper dans un lieu aride et isolé. Il s’ensuit que Hussein et ceux qui l’accompagnaient furent conduits au lieu-dit Kerbala [18], situé dans la région de Ninive, à 100 km au sud-est de Bagdad. (2 Muharram 61/2 septembre 680). [19]  À ce moment, un groupe venant de Koufa informa Hussein que son émissaire, Qays bin Mouchir es-Saydâvî avait été capturé par Ubaydullah bin Ziyad et tué par précipitation du haut d’une citadelle. Désormais, pour Hussein il ne restait à Koufa aucun rayon d’espoir. [20]

Au quatrième jour du campement de Hussein à Kerbala, Omar bin Sa‘d bin Abû Vaqqâs et le bataillon qui fut placé sous ses ordres arriva sur les lieux. Sa’d avait été nommé par le gouverneur, Ubaydullah, il y a peu, à l’intendance de Rey. Cependant, lorsqu’il fut informé de l’initiative de Hussein, il confia à Sa’d la charge de cette affaire et lui signala qu’en cas de refus de sa part il n’avait plus qu’à oublier l’intendance de Rey. Bien que Sa’d insista à vouloir être exempté de cette tâche, ce fut sans succès. Malgré les mises en garde de ses proches de ne pas s’entacher du sang de Hussein et du fait qu’il ne put renoncer à l’intendance de Rey, il dut, à contrecœur, prendre en charge le commandement de l’armée qui fut envoyée contre Hussein. [22]

À son arrivée à Kerbala, Omar bin Sa‘d demanda à Hussein la raison qui le décida à se rendre à Koufa. Hussein répondit que c’est les Koufites en personnes qui l’avaient invité mais que, compte tenu de la nouvelle situation, il pourrait rebrousser chemin aussitôt. L’entrevue entre les deux hommes continua encore un certain moment, tantôt ouvertement, tantôt secrètement. Finalement, Omar qui souhaitait un dénouement sans lutte armée envoya une lettre à Ubaydullah contenant à la fois les propositions de Hussein et la feuille de route qu’il devait suivre. Dans la réponse, qui ne se fit pas attendre, le gouverneur ordonna qu’il exige de Hussein un serment d’allégeance au calife et qu’il soit totalement privé de l’accès à l’eau. Cet événement se déroula trois jours avant le martyr de Hussein. [23] Dans ces nouvelles conditions, ceux qui accompagnaient Hussein purent, avec beaucoup de peines, obtenir de l’eau. A ce moment, Hussein demanda au commandant de l’armée koufite, soit de rentrer, soit d’aller combattre dans les villes avoisinantes, soit d’avoir l’autorisation de se rendre auprès de Yazid pour délibérer avec lui de cette affaire en personne. Cette demande aussi fut aussitôt transmise à Ubaydullah bin Ziyad. Le gouverneur déclina toutes les propositions qui lui furent soumises. De surcroit, il ordonna Chamir bin Dhi-al-Javchane de se rendre auprès d’Omar bin Sa’d, d’exiger la reddition de Hussein, de le combattre en cas de refus, d’obéir à Omar bin Sa’d dans le cas où celui-ci mettrait ces ordres en application ou, s’il refusait, de le décapiter et prendre le commandement des soldats pour lancer l’offensive sur Hussein. Par ailleurs, le gouverneur adressa par l’entremise de Chamir une lettre destinée à Omar bin Sa’d qui contenait le texte suivant : « Je ne t’ai pas envoyé vers Hussein pour que tu diffères l’offensive contre lui, que tu le rapproches, que tu lui accordes un long sursis ou que tu lui sois compatissant contre moi. Maintenant, écoute bien. Dans le cas où Hussein et ceux qui l’accompagnent se soumettraient à ma décision et se rendraient, envoie-les moi, s’ils refusent, combats-les jusqu’à ce que mort s’ensuive. Si tu mets mes ordres en application, tu seras récompensé à l’instar de ceux qui écoutent et obéissent. Si tu refuses mes ordres éloignes-toi du commandement de nos hommes et laisses la place à Chamir ». Omar bin Sa’d fut contrarié par les ordres émanant de Koufa. Cependant, ne cédant guère sa place à Chamir, décida de prendre en charge en personne l’offensive contre Hussein. [24]

Hussein rassemblant ces compagnons, leur indiqua que le véritable l’objectif des Koufites n’était autre que sa personne, que, par conséquent, ceux qui le souhaitent pouvaient quitter les lieux pour garder la vie sauve et que, ce faisant, ils ne seraient jamais blâmés pour cela. 

Avec les dernières directives d’Ubaydullah bin Ziyad, la bataille devint désormais inévitable. Constatant l’approche de l’offensive, Hussein envoya un message à Omar bin Sa’d le 9ème jour de Muharram (9 septembre 680) lui demandant de différer l’offensive jusqu’au lendemain matin, lui faisant savoir qu’ils passeraient la nuit en prière pour implorer le pardon divin. Le commandant accepta cette demande. Pendant la nuit, Hussein rassemblant ces compagnons, leur indiqua que le véritable l’objectif des Koufites n’était autre que sa personne, que, par conséquent, ceux qui le souhaitent pouvaient quitter les lieux pour garder la vie sauve et que, ce faisant, ils ne seraient jamais blâmés pour cela. Cependant, l’ensemble de ses compagnons l’assurèrent de leur indéfectible soutien. [25]

Le lendemain (10 Muharram vendredi 61/10 septembre 680), les deux camps, après avoir observé la prière de l’aube, se placèrent en position de combat. Hussein tint à nouveau un long discours aux Koufites qui attendaient l’ordre d’offensive. Après leur avoir rappelé que la raison de sa présence était due aux lettres d’invitation envoyées en personne par des hommes mêmes qui se trouvaient présentement dans l’armée koufite, il cita les noms de ceux qui lui avaient écrit à la Mecque. Seulement, ceux, présents, qui furent mis en cause nièrent avoir agi de la sorte et démentirent avoir exhorté Hussein. [26]  À ce moment, une chose étrange arriva : Hourr bin Yazid, commandant de la première unité irakienne chargé d’accueillir Hussein pour l’empêcher de battre en retraite, se détacha des rangs d’Omar bin Sa’d pour rejoindre le camp de Hussein. Il lui présenta ses excuses pour la conduite qu’il avait eue auparavant, lui assurant qu’il combattra désormais à ses côtés. Il tenta ensuite de dissuader ses compagnons de ne pas combattre contre Hussein. Cependant, ses propos furent vains. [27]

Après que Hourr ait changé de camp, le combat s’engagea lorsque le commandant de la troupe koufite, Omar bin Sa’d, décocha une flèche en direction de Hussein. Ceux qui se trouvaient à proximité de Hussein luttaient en l’encerclant dans le but de le protéger. À cet égard, parmi ceux qui manifestaient le plus d’ardeur il y avait le koufite, Hourr bin Yazid. Cependant, il n’était guère possible aux partisans de Hussein, peu nombreux, d’opposer une résistance face aux attaques qui arrivaient de toute part. De l’autre côté, le commandant Omar bin Sa‘d ordonna Husayn bin Numayr de lancer une offensive visant directement Hussein. Il résulta de cette attaque que les hommes qui cherchaient à protéger Hussein périrent à tour de rôle. Il ne resta, à la fin, plus que Hussein. Cependant, les soldats koufites qui l’approchaient faisaient demi-tour, aucun n’osant lui porter le coup de grâce. Finalement, sur l’encouragement et ordre stricte de Chamir, ils l’attaquèrent tous ensemble. Tous d’abord, c’est un koufite du nom de Malik bin Nusayr qui l’atteignit à la tête et le blessa. Au même moment, une flèche lancée par un des commandants koufites, Husayn bin Numayr, perça le cou de Hussein. Immédiatement, Chamir, accompagné de dix hommes, avancèrent sur Hussein, blessé, et lui assenèrent des coups mortels. C’est sur cette dernière attaque qu’Hussein tomba en martyr. Après l’avoir tué, les Koufites pillèrent ses biens. Les affaires qui se trouvaient dans les tentes furent dérobées. Au même moment, les soldats découvrirent dans l’une des tentes, Ali, le fils de Hussein, souffrant et alité, plus connu sous le nom de Zaynalabidin. Bien que Chamir voulu aussi le tuer, les autres l’empêchèrent de commettre ce crime en soulignant l’inconvenance à tuer un enfant en bas âge et, de surcroit, malade. En définitive, avec Hussein, 72 hommes furent tués par les Koufites. Les sources indiquent que les Koufites subirent, lors des affrontements, une perte de 88 hommes. [28]

Les sources historiques de l’Islam rapportent quelques récits selon lesquels Yazid bin Muawiya aurait été profondément attristé de ce qu’il advint à Hussein et ses compagnons, qu’il aurait tenu Ubaydullah bin Ziyad pour responsable de l’aggravation de cette situation et qu’il lui aurait proféré des malédictions. Seulement, sur ce point, l’absence de sanctions de la part de Yazid à l’encontre d’Ubaydullah est de nature à jeter le doute quant à sa véritable désapprobation de cet évènement. 

Les historiens de l’Islam, après avoir rapporté dans ses détails l’évènement de Kerbala, menèrent quelques réflexions sur la responsabilité de ceux qui y furent directement ou indirectement impliqués. Il en découle que dans cet évènement, les responsables au premier degré sont Yazid qui occupe le rang de calife et dont la responsabilité politique est engagée, son gouverneur à Koufa, Ubaydullah bin Ziyad ainsi que les commandants qui sont sous ses ordres et enfin les Koufites qui invitèrent Hussein dans leur ville pour l’abandonner par la suite et qui, de surcroit, le tuèrent de leurs propres mains. Car, il n’y a parmi les meurtriers de Hussein aucun Omeyyade ni Chamite. Bien que le gouverneur de Koufa, Ubaydullah bin Ziyad, soit le responsable apparent dans la tragédie de Kerbala, il est évident que le responsable politique et réel de cet évènement n’est autre que Yazid. En raison de sa responsabilité majeure du martyr de Hussein et de ses proches et, par ailleurs, avec l’invasion de Médine et le siège de la Mecque qui arriveront plus tard, de la destruction de la Kaaba par les catapultes, Yazid bin Muawiya restera peut-être, tout au long de l’histoire de l’Islam, le personnage le plus haï dans la mémoire collective des musulmans. À telle enseigne que, son nom fut utilisé, parmi les gens, comme un qualificatif injurieux, ce qui est d’ailleurs toujours d’actualité. À la suite des combats, les têtes décapitées de Hussein et de ses compagnons furent apportées au gouverneur, Ubaydullah bin Ziyad. Deux jours plus tard, Omar bin Sa’d conduit le reste des femmes et enfants à Koufa. Le reste des corps de martyrs fut inhumé par les membres de la tribu avoisinante des Bani Asad dans un lieu-dit Haïr. [29] Les têtes décapitées de Hussein et de ses compagnons ainsi que les femmes et les enfants furent transférés de Koufa à la capitale, Damas. Les sources historiques de l’Islam rapportent quelques récits selon lesquels Yazid bin Muawiya aurait été profondément attristé de ce qu’il advint à Hussein et ses compagnons, qu’il aurait tenu Ubaydullah bin Ziyad pour responsable de l’aggravation de cette situation et qu’il lui aurait proféré des malédictions. Seulement, sur ce point, l’absence de sanctions de la part de Yazid à l’encontre d’Ubaydullah est de nature à jeter le doute quant à sa véritable désapprobation de cet évènement. Vraisemblablement, Yazid, tout en feignant sa tristesse pour cet évènement, ne prit aucune mesure dans ce sens qui justifierait sa condamnation et ne mena aucune enquête sur les responsables. De surcroit, Ubaydullah continua, sous son mandat, à exercer ses fonctions tout en bénéficiant d’attributions exceptionnelles. Par conséquent, il est possible d’affirmer que, loin de s’en attrister, Yazid se réjouit de se voir débarrassé, même avec des méthodes qu’ils n’approuvaient pas nécessairement, de son principal rival politique. Cela étant, Yazid traita avec beaucoup d’égards la famille de Hussein et plus tard, leur permis de rejoindre Médine en les faisant accompagner d’unités de gardes chargés de répondre à tous leurs besoins. [30]

Il existe un large consensus parmi les historiens quant à affirmer que les véritables responsables de Kerbala sont Yazid, son gouverneur Ubaydullah et les Koufites qui le tuèrent après l’avoir invité à les rejoindre. Toutefois, certains historiens soulignent la négligence et la responsabilité de Hussein dans la façon dont s’est terminé cet évènement. Selon eux, malgré les mises en garde de nombreux Compagnons qui tentèrent de le dissuader de quitter la Mecque pour rejoindre Koufa et lui suggérèrent de choisir plutôt le Yémen s’il devait absolument agir, Hussein prit seul la décision, sans tenir compte des avertissements et contre le principe de concertation. De surcroit, il n’agit pas avec prudence en partant au champ de bataille sans être accompagné d’un nombre de soldats suffisant pour le protéger et, en s’aventurant dans cette affaire à l’issu incertain, il mit ainsi en danger la vie des membres de sa famille. Malgré sa connaissance de la déloyauté des Koufites par l’expérience même de son père et de son frère et malgré qu’il fut informé du meurtre de Muslim bin Akil qu’il avait envoyé comme son représentant, il ne rebroussa pas chemin et continua sa route vers Koufa. Son attitude causa la mort d’une grande part d’Ahl al-Bayt. [31]

L’évènement de Kerbala n’engendra pas seulement des conséquences politiques, il fut le facteur essentiel qui détermina l’idéologie du mouvement chiite, marqué très tôt par une dimension politique. Il s’ensuivit que le chiisme dépassa la simple partisannerie en faveur d’Ali ; ceux qui le confessaient se muèrent en un groupe reconnaissant le droit inaliénable de la postérité d’Ali à diriger les musulmans comme un précepte religieux. En réaction à la vision omeyyade d’un pouvoir par hérédité, les Chiites défendirent la thèse du droit exclusif des descendants d’Ali au califat, voire l’acceptèrent comme un dogme religieux. D’ailleurs, l’évènement de Kerbala fut, par la suite, le point de référence de toutes les initiatives politiques qui furent prises et le fondement même des réflexions qui furent menées. En somme, le martyr de Hussein constitua, sur le plan politique, la source vitale du chiisme, voire même sa date de naissance. Cependant, bien que le trait fondamental du chiisme et son point de référence reposent officiellement sur la personne d’Ali, le nom de Hussein fut, en raison de cet évènement, encore plus mis en avant. Lors même que l’anniversaire du martyr de Hussein est commémoré par de grandes processions et donne lieu à de grandioses cérémonies, l’évènement du martyr d’Ali et son anniversaire ne bénéficie jamais du même intérêt. En effet, même de nos jours, c’est l’amour de Hussein qui domine l’univers émotif et sentimental de l’imâmisme. Sa fin tragique fut, dans la littérature islamique, à l’origine d’un style à part entière et des élégies nommées « maqtel », « Maqtel-i Hussein » furent rédigées afin d’être récitées lors de cérémonies funèbres. [32] La tragédie de Kerbala, sur le plan de ces conséquences immédiates et lointaines, est considérée comme l’un des évènements les plus importants et complexes dans l’histoire de l’Islam. Kerbala suscita dans la société, que ce soit contre le chef de l’Etat, Yazid, ou contre la dynastie omeyyade, un grand ressentiment. D’ailleurs, en réaction au meurtre de Hussein de nombreux soulèvements motivés par des objectifs divers furent initiés par diverses personnes et groupes. Au final, cet évènement fut la cause majeure qui présida largement au rejet des Omeyyades par l’opinion musulmane et devint, jusqu’à la chute de la dynastie, la principale source de propagande des activités organisées contre le pouvoir. Ceux qui exploitèrent aux mieux cet évènement dans la poursuite de leurs objectifs furent les Abbasides qui, à la suite des soulèvements qu’ils entamèrent depuis Khorasan, prirent le pouvoir des mains des Omeyyades. C’est pourquoi, les historiens de l’Islam mentionnent en priorité, parmi les causes de la chute de l’Etat omeyyade, le meurtre de Hussein.

---

[1]   Abû Mihnef, Maktelü’l-İmam el-Hüseyn, (thk. Hasen Abullah Ebû Salih), ? 1997,  p. 17; Dineverî, el-Ahbâru’t-Tıvâl,(nşr. Omar Faruk Tabbâ), Beyrouth ts. (Dâru’l-Erkam), p. 207-208, 212; Ya‘kûbî, Tarih,I-II, Beyrouth 1960, II, 241-242; Mas’udï, Mürûcü'z-Zeheb, I-IV, (thk.Muhammed Muhyiddin Abdulhamid), Egypte 1964,  III, 64; İbn Kesîr, el-Bidâye ve’n-Nihâye,I-XIV, Beyrut-Riyad ts. (Mektebetü’l-Meârif--Mektebetü’n-Nasr), VIII,151-152.

[2]   İbn Qutayba, el-İmâme ve’s-Siyâse,(thk. Tâhâ Muhammed Zeynî), I-II, Le Caire 1967,  II, 4; Dineverî, el-Ahbâru’t-Tıvâl, p. 212-213; Tabari, Tarihu’l-Ümem ve’l-Mülûk,(thk. Muhammed Ebu’l-Fadl İbrahim), I-XI, Beyrouth ts. (Dâru’s-Süveydân), Tarih, V, 347-348; İbnü’l-Esîr, el-Kâmil fi’t-Tarih,I-IX, Beyrouth 1986, III, 266-267.

[3]   Pour plus d’informations et d’analyses sur ce sujet cf. Demircan, Adnan, İslam Tarihinin İlk Asrında İktidar Mücadelesi, İstanbul 1996, p. 339-350; Kılıç, Ünal, Tartışmaların Odağındaki Halife Yazid bin Muaviye, İstanbul 2001, p. 215-222.

[4]   Dûrî, Abdülaziz, İlk Dönem İslam Tarihi, (çev. Hayrettin Yücesoy), İstanbul 1991, p. 113; Vida, Della, “Emevîler”, İA, IV, 243.

[5]   Ebû Mihnef, Maktelü Huseyn, p. 19; İbn Kuteybe, el-İmâme, II, 4; Ya‘kûbî, Tarih, II, 242; İbnü’l-Cevzî, el-Muntazam fî Tarihi’l-Ümem ve’l-Mülûk,(thk. Muhammed Abdülkadir Atâ-Mustafa Abdülkadir Atâ), I-XVIII, Beyrouth 1992, V, 325; İbn Kesîr, el-Bidâye, VIII, 152.

[6]   Halîfe bin Hayyât, Tarih, (thk. Süheyl Zekkâr), I-II, Beyrouth 1993, p. 176; Dineverî, el-Ahbâru’t-Tıvâl, p. 213-215; Mes‘ûdî, Mürûcü’z-Zeheb, III, 64; İbnü’l-Cevzî, el-Muntazam, V, 326; İbnü’l-Esîr, el-Kâmil, III, 267-269; İbn Kesîr, el-Bidâye, VIII, 152-154.

[7] İbn Kuteybe, el-İmâme, II, 4-5; Dineverî, el-Ahbâru’t-Tıvâl, p. 215-219; Ya‘kûbî, Tarih, II, 243; İbn Abdirabbih, KitabuIkdi’l-Ferîd, I-VII, Kâhire 1965,  IV, 378; Mes‘ûdî, Mürûcü’z-Zeheb, III, 66-67; İbn Kesîr, el-Bidâye, VIII, 154-155.

[8] Dineverî, el-Ahbâru’t-Tıvâl, p.220-221; Ya‘kûbî, Tarih, II, 243; Mes‘ûdî, Mürûcü’z-Zeheb, III, 67-68; İbn Kesîr,el-Bidâye, VIII, 155.

[9]   Halîfe bin Hayyât, Tarih, p. 176; İbn Qutayba, el-İmâme, II, 5; Dineverî, el-Ahbâru’t-Tıvâl, p. 221-223; Ya‘kûbî,Tarih, II, 243; Tabari, Tarih, V, 347-393; İbn Abdirabbih, el-Ikdü’l-Ferîd, IV, 378-379; Mes‘ûdî, Mürûcü’z-Zeheb, III, 68-70; İbnü’l-Cevzî, el-Muntazam, V, 326-327; İbnü’l-Esîr, el-Kâmil, III, 269-275; İbn Kesîr, el-Bidâye, VIII, 155-157.

[10] Mes‘ûdî, Mürûcü’z-Zeheb, III, 64-65; İbnü’l-Cevzî, el-Muntazam, V, 328-329; İbn Kesîr, el-Bidâye, VIII, 159-160.

[11] Dineverî, el-Ahbâru’t-Tıvâl, p. 223-224; Taberî, Tarih, V, 382-385; İbn Kesîr, el-Bidâye, VIII, 160-163. Pour plus d’informations à ce sujet cf. Kılıç, Ünal, Yazid bin Muaviye, p. 247-253.

[12] Halîfe bin Hayyât, Tarih, p. 176; Dineverî, el-Ahbâru’t-Tıvâl, p. 226; İbn Abdirabbih, el-Ikdü’l-Ferîd, IV,384; İbn Kesîr, el-Bidâye, VIII, 166.

[13] Taberî, Tarih, V, 386-389; İbnü’l-Esîr, el-Kâmil, III, 275-277; İbn Kesîr, el-Bidâye, VIII, 163-164.

[14] Dineverî, el-Ahbâru’t-Tıvâl, p. 224; Tabari, Tarih, V, 394, 401.

[15] Dineverî, el-Ahbâru’t-Tıvâl, p. 228-229; İbn Kesîr, el-Bidâye, VIII, 168-169.

[16] Dineverî, el-Ahbâru’t-Tıvâl, p. 228; Tabari, Tarih, V, 394-399.

[17] Dineverî, el-Ahbâru’t-Tıvâl, p. 227; İbnü’l-Esîr, el-Kâmil, III, 277-278.

[18] Yâkût el-Hamevî, Mu‘cemu’l-Buldân,  I-V, Beyrouth 1975, IV, 445.

[19] İbn Kuteybe, el-İmâme, II, 5-6; Dineverî, el-Ahbâru’t-Tıvâl, p. 228-232; Ya‘kûbî, Tarih, II, 243-244; Taberî,Tarih, V, 401-404., 408-409; İbn Abdirabbih, el-Ikdü’l-Ferîd, IV, 379; Mes‘ûdî, Mürûcü’z-Zeheb, III,70; İbnü’l-Cevzî, el-Muntazam, V, 335-336; İbn Kesîr, el-Bidâye, VIII, 169-170, 172-174.

[20] Dineverî, el-Ahbâru’t-Tıvâl, p. 226; Tabari, Tarih, V, 405.

[21] Yâkût el-Hamevî, Mu‘cemu’l-Buldân, III, 116-122.

[22] Dineverî, el-Ahbâru’t-Tıvâl, p. 232-233; Tabarî, Tarih, V, 409-410; İbnü’l-Cevzî, el-Muntazam, V, 336.

[23] Dineverî, el-Ahbâru’t-Tıvâl, p. 233; Taberî, Tarih, V, 410-412.

[24] İbn Qutayba, el-İmâme, II, 6; Dineverî, el-Ahbâru’t-Tıvâl, p. 233-235; Tabari, Tarih, V, 413-416; İbnü’l-Cevzî,el-Muntazam, V, 336-337; İbn Kesîr, el-Bidâye, VIII, 170-171, 175-176.

[25] Dineverî, el-Ahbâru’t-Tıvâl, p. 235; Tabari, Tarih, V, 417-422; İbn Abdirabbih, el-Ikdü’l-Ferîd, IV, 380; İbnü’l-Cevzî, el-Muntazam, V, 338-339.

[26] Taberî, Tarih, V, 423-426; İbnü’l-Cevzî, el-Muntazam, V, 339.

[27] Dineverî, el-Ahbâru’t-Tıvâl, p. 235-236; İbn Kesîr, el-Bidâye, VIII, 180. Sur ce sujet cf. Sarıcık, Murat, “Kerbelâ Olayında el-Hürr bin Yazid ve Hz. Hüseyin’le Mücadelesi”, Süleyman Demirel ÜİFD, sy. 2, Isparta 1995, p. 103-148.

[28] İbn Kuteybe, el-İmâme, II, 6; Dineverî, el-Ahbâru’t-Tıvâl, p. 236-238; Ya‘kûbî, Tarih, II, 244-245; Tabari, Tarih,V, 427-455; İbn Abdirabbih, el-Ikdü’l-Ferîd, IV, 380; Mes‘ûdî, Mürûcü’z-Zeheb, III, 71; İbnü’l-Cevzî, el-Muntazam, V, 340-341; İbnü’l-Esîr, el-Kâmil, III, 279-296; İbn Kesîr, el-Bidâye, VIII, 179-188.

[29] Dineverî, el-Ahbâru’t-Tıvâl, p. 238; Tabari, Tarih, V, 455-459; İbnü’l-Cevzî, el-Muntazam, V, 341; İbn Kesîr, el-Bidâye, VIII, 190-191.

[30] İbn Kuteybe, el-İmâme, II, 6-7; Dineverî, el-Ahbâru’t-Tıvâl, p. 238-240; Taberî, Tarih, V, 459-471; İbnü’l-Cevzî,el-Muntazam, V, 341-346; İbnü’l-Esîr, el-Kâmil, III, 296-300; 194-198.

[31] Pour plus d’informations sur ce sujet cf. Kılıç, Ünal, Yazid bin Muaviye, p. 275-288.

[32] cf. Fığlalı, E. Ruhi, “Hüseyin”, DİA, XVIII, 521. Pour plus détails sur ce sujet cf. Ebû Mihnef, Maktelü’l-İmam el-Hüseyn, (thk. Hasen Abullah Ebû Salih), ? 1997; Taberî,  İstişhâdü’l-Hüseyn, (thk. Seyyid Cemîlî), Beyrouth 1985.

 

 

Commentaires

 
Aucun message. Cliquez pour ajouter un commentaire

Suivez ledernierprophete.info