Les Compagnons
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L'amitié incommensurable : Mouhajir et Ansar

"Comme la situation du croyant est bonne ! Toutes ses œuvres sont bénéfiques et rentables. On ne retrouve cette situation chez personne d'autre que le croyant. Si le croyant est reconnaissant envers une bénédiction reçue, cela est bénéfique pour lui. S'il patiente en cas de gêne ou de difficultés cela est aussi bénéfique pour lui."  (Müslim Zuhd, 64)

La vie dans ce monde est  un jeu et une distraction, et l'homme en est l'acteur principal… La vie que nous menons a une face tournée vers  l'au-delà. Depuis cette perspective, Allah (awj) a créé la vie et la mort pour voir lequel de ses serviteurs vivra et réagira au mieux. C'est-à-dire que le but est de se réaliser personnellement, de réaliser la servitude dans ce monde et dans l'au-delà.

Ce texte, en faisant référence à la question des réfugiés de nos jours,  aura pour sujet les deux aspects de la servitude : Mouhajir et Ansar. Les deux visions de la foi.

L'Hégire signifie s'éloigner de la sédition pendant la période de fitna. Pendant la période d’Osman (ra), lorsque la sédition est apparue, une partie des compagnons étaient partis de Médine vers Damas.  Damas était devenue Médine pour eux. De nos jours, nos frères fuyant d'une autre sédition, d'une guerre, d'une persécution viennent à nous depuis Damas et Alep. Médine devient Hatay; Kilis, Antep, Urfa devient Bursa, nous devenons les Ansars.

L'Hégire c'est partir à un endroit pour pouvoir vivre la religion d'Allah en délaissant sans regrets la maison et les biens de ce monde. Le Mouhajir est celui qui n'a pas de regrets sur ce qu'il a délaissé. Et l’Ansar n'a pas de regrets sur ce qu'il a donné. Suheyb b. Sinan est celui qui a donné tous ses biens aux Idolâtres de la Mecque pour suivre le Prophète Muhammad (saw). Le Mouhajir est celui dont Allah affirme que son "commerce est profitable".

Un des compagnons avait une très belle maison, il était déçu de l'avoir délaissée à la Mecque, le Prophète Muhammad (saw) lui dit : "N'est-il pas beaucoup plus bénéfique pour toi qu’Allah (awj) te donne un palais au Paradis ?". Il n'y a pas que le commerce de Suheyb qui est profitable, mais celui de tous les Mouhajirounes.

L'Hégire est le passage à l'action. C'est ne pas dire "Hélas" aux propriétés et  aux possessions, mais être dans la persévérance dans le pays où il s'est approprié sa patrie. Lorsqu'on pense au sens plus large, nous sommes tous des Mouhajirounes. Au départ, nous étions tous auprès d’Allah (awj). Puis avec sa sagesse, Allah (awj) nous a envoyé dans ce monde. Une personne se séparant de son pays, de sa ville natale est comme un poisson hors de l'eau, tous ses débattements ont pour but de retourner dans l'eau. Nous nous débattons tous dans ce monde pour retourner auprès d’Allah, Le Tout Miséricordieux. Le monde est le champ de l'au-delà. La vraie nation étant l'au-delà, le chemin pour la gagner passe par bien vivre dans ce monde. L'endroit où nous vivons peut être la Syrie, la Turquie, la Palestine, la Macédoine… Le lieu géographique n'a pas d'importance. L'important est notre persévérance et nos efforts personnels là où on se trouve. Allah (awj) ne donne à l'Homme que le fruit de son travail.

Les Mouhajirounes étaient devenus malades quand ils sont allés à Médine. Abou Bakr (ra), Bilal Al Habachi scandaient les paroles : "Si seulement nous pouvions être une seule nuit à la Mecque". Lorsque Aïcha (r.anha) fit part de la situation au Prophète d'Allah (saw), il pria :"Ô Allah, fais-nous aimer encore plus Médine que tu nous as fait aimer la Mecque. Ô Allah, fait en sorte que nos mesures et nos pesées soient une bénédiction pour nous! Fais de l'air de Médine un air sain pour nous!". C'est peut-être la situation pour laquelle Allah (awj) nous dit "N'oublie pas ta part de ce monde". Le Monde étant notre Médine. Il faut aimer Médine. Il faut donner tout son sens à Médine pour retourner en conquérant à la Mecque. Il est important qu'Il prie pour " la mesure et la pesée". Notre Prophète (saw) veut dire sans aucun doute : "Ô Allah, fais nous accepter l'équilibre que tu juges bon d'accepter." L'équilibre entre le monde et l'au-delà… La vie à sa juste mesure…

Le Mouhajir est un même temps orphelin. Orphelin en arabe veut dire "seul et unique". Plusieurs types d'orphelins peuvent venir à notre esprit mais le plus lourd et le fait d'être orphelin de sa patrie. En pensant de la même façon, la plus belle des bénédictions et la bénédiction de la mère patrie. On doit admettre que la reconnaissance de la bénédiction est due à sa propre valeur. L'orphelin est celui qui ne peut régler ses propres affaires, même s'il a des cheveux et une barbe. C'est celui pour lequel Allah utilise pour ses affaires. "Surtout ne rabaisse pas l'orphelin, ne le bouscule pas !" dit Allah. Celui qui nie le jour du Jugement dernier est celui qui bouscule l'orphelin, celui qui n'encourage  pas à nourrir le pauvre. Ceux-ci sont les situations où il n'y a plus de bénédiction de la mesure et de la pesée. C'est la faillite de l'équilibre, les situations où l'on perd l'au-delà au profit de ce monde. Alors dans ce cas, il ne faut pas rabaisser l'orphelin de patrie mais lui ouvrir les bras pour que la reconnaissance de la bénédiction de la patrie soit réalisée. Une partie de ces orphelins de patrie sont orphelins de père aussi. Le Prophète (saw) nous dit qu'il sera très proche au Paradis (proche de deux doigts) d'une femme qui n'a pas de mari et qui garde deux filles. S'il y a cette bonne nouvelle pour une femme qui garde ses propres orphelines, quelles merveilles sont donc réservées aux hommes et femmes qui gardent les orphelins des autres? Notre mère Asiya qui a pris sous sa protection Moussa (as) (Moïse) alors qu'il n'avait pas de mère est une femme qui a vécu en ressentant dans ce monde ces belles choses. Un autre exemple est Ibn Omar (ra) qui a bien compris le Prophète (saw) prêtant attention à ne pas manger sans orphelin à sa table. Ces enfants doivent être une priorité sans aucun doute. Ils sont face à nous, les orphelins de la volonté, de l'ambition et de la passion de certains dans un monde d'aujourd'hui où on ignore une vie équilibrée. S'occuper d'eux est en même temps une façon de mettre en place la reconnaissance de pouvoir être un père et une mère pour nos enfants. Un autre sujet important dans le Coran est le sujet du mariage avec les orphelines : Allah dit : " Si vous craignez de ne pas être juste avec les orphelines alors épousez d'autres femmes." (Sourate An-Nisa, 3).

Le Prophète (saw) nous dit qu'il sera très proche au Paradis (proche de deux doigts) d'une femme qui n'a pas de mari et qui garde deux filles. S'il y a cette bonne nouvelle pour une femme qui garde ses propres orphelines, quelles merveilles sont donc réservées aux hommes et femmes qui gardent les orphelins des autres?

Le Mouhajir n'est pas celui qui perd des forces avec l'hégire, mais celui qui gagne de nouvelles forces. Il est arrivé un temps où les compagnons avaient faibli jusqu'à ne plus pouvoir faire la prière debout. Le Prophète (saw) dit : "Un croyant fort est meilleur qu'un croyant faible". Il ne faut pas rester faible, Allah (awj) aime le serviteur fort. Il faut aider le Mouhajir sur les sujets où il ressent une faiblesse. Si sa patrie lui manque, il doit se rappeler les paroles du Prophète (saw) qui dit  "la surface de la Terre a été déclarée une mosquée" et doit se réconforter qu'il n'y a pas de limite à la servitude envers Allah (awj). Il sera bien placé ici de se rappeler la parole du Prophète (saw) : " Après la conquête de la Mecque il n'y a plus d'hégire, il y a l'effort !" Ceci est valable de partout pour tout Musulman. Le fait qu'une personne essai de montrer ses capacités, dans un lieu où il se trouve, est un effort. Travailler pour soi-même, pour sa famille et son entourage est un effort." Pour chacun il y a une intention souhaitée. "L'hégire est avec l'intention. La pensée du Mouhajir ne doit pas être "Lorsque j'aurais fini mon travail ici, je partirais je serais débarrassé." Avec quelles préoccupations la révélation a-t-elle eu lieu? Le Prophète (saw) pensait qu'il n'avait pas de remèdes aux problèmes des gens quand il est allé au Mont Hira. Les filles étaient tuées, le fort prenait la part du faible, la justice était piétinée, les intérêts ne pouvaient pas être empêchés…. Le Prophète Muhammad (saw) avait la préoccupation de ne pas pouvoir remédier aux évènements sociaux. Le travail pour sa Patrie, l'intention et l'effort à l'intérieur d'une personne doivent être ceux-ci. C'est à ce moment-là que le retour est une "conquête".

Si on en vient aux Ansars et qu’on regarde l'histoire de l'Islam, le premier Ansar est Négus, le roi d'Abyssinie. Notre mère Oum Salama (r.anha) raconte : " Le Prophète Muhammad (saw) avait dit ainsi aux compagnons de la Mecque qui subissaient des tortures : " En  Abyssinie il y a le pays d'un roi où on ne persécute personne. Restez là-bas jusqu' à ce qu’Allah vous montre une sortie et le salut de cette situation. »

Le réfugié est celui qui demande l'asile et dans notre histoire, la première personne à qui il a été demandé l'asile est le Négus d’Abyssinie. Et le Négus avait les propriétés que devait avoir une personne qui accueille : il est juste, il ne livre jamais ceux qui se réfugient auprès de lui, il ne persécute pas et personne n'est persécuté à ses côtés. Il  donne la paix et la sécurité si bien que les Mouhajirounes ont trouvé la possibilité de vivre leur religion en sécurité pendant treize ans en Abyssinie. Les Musulmans ont considéré pendant ce temps l'Abyssinie comme leur patrie.

Il y a quelques années un historien avait écrit : Ils sont partis avec un groupe à Damas et ils ont violé une règle de la circulation si bien qu'ils méritaient une amende. Une amande qui n'est pas valable pour les étrangers. Lorsqu'il a montré à la police sa pièce d'identité et a dit qu'il était étranger, on lui a répondu :" non tu n'es pas un étranger tu es un frère !". La fraternité n'a pas de limites. A Médine  notre Prophète (saw) a proclamé frères les Ansars et les Mouhajirounes pour lier les musulmans entre eux. L'hôte Ansar a tellement pris au sérieux cette fraternité qu'il a voulu associer à ses propriétés et ses possessions. Le principe d'aide des Ansars, était de satisfaire les besoins fondamentaux des personnes. Le compagnon Ansar pouvait dire à son frère Mouhajir: "Voici ma maison, voici mon pain". Bien sûr que le Mouhajir agissait de façon vertueuse et n'acceptait pas les bénédictions que son frère avait entre les mains; Il disait " montre-moi le chemin du marché, je vais travailler"….

Finalement, si on se souvient que le Prophète Muhammad (saw) est un Mouhajir, le Mouhajir est en même temps un don du Prophète aux Ansars. La situation étant ainsi, peut-il jeter son frère au feu en lui disant de partir et de se débrouiller? Peut-il l'abandonner à son propre sort ? Comment peut-il l'abandonner alors que le Prophète d'Allah n'a pas séparé de ses yeux l'Ashab Al Souffa qui étaient en grande partie dans le besoin et étaient des Mouhajirounes. En étant Ansars et Mouhajirounes, voyons en nous les beautés de vivre ensemble, pardonnons, faisons preuve de clémence, accordons de la fidélité, aimons, soyons aimés parce que le prophète nous informe que tous les états du croyant sont bénéfiques:

"Comme le croyant est en bonne situation ! Toutes ses œuvres sont bénéfiques et rentables. On ne retrouve cette situation chez personne d'autre que le croyant. Si le croyant est reconnaissant envers une bénédiction reçue, cela est bénéfique pour lui. S'il patiente en cas de gêne ou de difficultés cela est aussi bénéfique pour lui."  (Müslim Zuhd, 64)

 

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