Les Compagnons
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Abou Bakr (r.a) : Être l’ami du Prophète Muhammad (saw)

Toutes les flèches indiquaient Médine. Le signal avait été donné, les préparations avaient débuté. Ceux dont le tour était arrivé prenaient place dans ce voyage qui allait changer le cours de l’histoire et du calendrier. Les pressions de La Mecque avaient été tellement fortes que sans l’ouverture d’une petite fenêtre, il aurait été impossible de respirer. Celui que l’on nommait le Véridique et le Fidèle pensait que son tour était également arrivé. Il s’est donc, en raison de sa fidélité et de sa sincérité, rendu à sa porte pour demander son autorisation de participer à l’expédition. Le Prophète Muhammad (saw) a alors répondu : « Attends un peu, il se peut qu’Allah (awj) t’accorde un compagnon ». Il a ainsi retardé son voyage jusqu’au jour où l’ignorance et l’obscurité se sont accordées à tenter d’éteindre la lumière sur Terre. Cette fois-ci, c’était Lui, le Prophète Muhammad (saw) lui-même qui était venu frapper à la porte du Véridique. C’était donc le Messager d’Allah (saw) qui allait être son compagnon de route,  Abou Bakr (r.a) pleura de joie…

« J’ai vu que ce monde s’approche de vous. Pourquoi s’approche-t-il ? Pour vous encercler bien sûr ! J’ai bien l’impression que vous allez aussi posséder des rideaux et des couvertures de soie, des coussins et des matelas de brocart et vous allez souffrir de dormir sur un lit en laine comme si vous dormiez sur des épines ».

Il avait cru en lui dès qu’il lui apprit sa prophétie. Il n’a jamais douté de lui. Cela ne pouvait être que la vérité, si c’était lui qui le disait. Lorsque certains lui dirent : « Ton compagnon prétend avoir effectué un voyage jusqu’à al-Aqsa en une nuit et une ascension dans les cieux », Abou Bakr répondit : « Si c’est lui qui le dit, c’est que c’est la vérité ». Puis il partit alors voir le Prophète Muhamamd (saw) qui était en train de décrire al-Aqsa. Une fois fini, Abu Bakr (r.a) s’écria : « Tu dis vrai, ô Envoyé de Dieu ! » C’est à la suite de cet événement qu’Abu Bakr (r.a) fut surnommé Al-Siddiq, le très sincère et le très fidèle. Croire qu’il puisse en une nuit partir à al-Aqsa n’était pas si extraordinaire pour lui qui croyait tellement fort en son ami. Il croyait bien au fait qu’il recevait la révélation jour et nuit, si c’est lui qui le dit, cela ne pouvait être que vrai !

Abou Bakr (r.a) s’était souvenu tout à coup de son hégire en Abyssinie. Sur la route, il avait croisé Ibn al-Daghna qui avait permis son retour à La Mecque en lui accordant sa protection. Il n’était pas musulman, mais celui-ci n’arrivait pas concevoir qu’une personnalité comme Abou Bakr (r.a) puisse être contraint de quitter La Mecque. Cependant, les polythéistes avaient accepté cela qu’à condition qu’il ne pratique plus à l’extérieur et qu’il ne lise le Coran que chez lui, car les personnes qui l’entendaient se convertissaient à l’Islam sous son influence. Il s’est soumis à cette condition quelque temps, mais il a fini par réciter le Coran dans son jardin. Ibn al-Daghna est donc venu le mettre en garde. Il devait choisir, soit le Coran, soit sa protection. Il avait alors répondu sans aucune hésitation : « Je renonce à ta protection. Je suis satisfait de la protection d’Allah (awj) et de Son Messager (saw) ! »

Ainsi avait débuté le long voyage sous la protection d’Allah (awj) et de Son Prophète (saw). L’ignorance était à leurs trousses. Une grande récompense était même promise à celui qui les retrouvait. Pourtant, la grotte qui les avait accueillis durant trois jours et trois nuits avait été témoin d’une grande vérité : ils n’étaient pas seuls. Ainsi l’avait affirmé le Prophète Muhammad (saw) qui ne dit que la vérité : « Ne sois pas triste ! Allah est avec nous ! » Personne ne pouvait donc les atteindre. Abou Bakr (r.a) fut soulagé et se mit à respirer.  C’est lui qui entra le premier dans la grotte pour qu’il n’arrive rien à l’Envoyé de Dieu (saw). Il avait obstrué avec sa chemise les trous de la grotte de peur qu’il n’y ait des serpents.  Ses habits ne suffisant pas, il boucha un des trous avec son talon et passa toute la nuit ainsi. La protection divine ne cessait de les entourer. Une fois en dehors de la grotte, un cavalier qui était sur le point de les attraper s’était enseveli dans le sable. Quel grand Prophète et quelle grande protection !

Enfin à Médine, au mois de sa naissance, c’est avec les quelques dirhems qu’Abou Bakr (r.a) apporta avec lui que le Prophète Muhammad (saw) acheta un terrain des orphelins afin de construire la mosquée. Comment ne pas dépenser sa richesse dans cette voie si noble et si respectable ! Lorsqu’Abou Bakr (r.a) avait offert cinq uqiyya contre la liberté de Bilal al-Habashi, alors torturé sous les pierres brûlantes des polythéistes, on lui avait dit que celui-ci ne valait qu’un uqiyya. C’est ainsi qu’Abou Bakr leur répondit : « J’étais prêt à en donner 100, si vous l’aviez exigé ». Il avait aussi, durant la bataille de Tabouk, apporté 4000 dirhems d’argent au Prophète (saw). Puis, quand le Prophète Muhammad (saw) lui demanda : « En as-tu laissé à ta famille », il lui répondit : « Je leur ai laissé Allah (awj) et Son Envoyé (saw) ».

Il était capable de juger ce monde à sa réelle valeur. Il n’avait pas peur pour les musulmans des armées ennemies, mais il craignait que ce monde ne tente de les approcher et d’encercler leurs nafs (l’ego et l’âme). Il disait : « J’ai vu que ce monde s’approche de vous. Pourquoi s’approche-t-il ? Pour vous encercler bien sûr ! J’ai bien l’impression que vous allez aussi posséder des rideaux et des couvertures de soie, des coussins et des matelas de brocart et vous allez souffrir de dormir sur un lit en laine comme si vous dormiez sur des épines ». Une autre fois, il s’exclama en disant : « Où sont les jeunes qui se vantaient de leur jeunesse ? Où sont les rois qui ont construit la ville d’al-Mada’in et l’ont entourée d’une forteresse ? Où sont ceux qui ont obtenu la victoire sur le champ de combat ? Le temps les a détruits ! Ils sont en ce moment dans l’obscurité de leurs tombes ! Faites vite, très vite ! Pensez à votre salut, pensez à comment l’obtenir! » C’est bien pour cette raison qu’Omar (r.a) dit le concernant : « Il y avait dans un des quartiers à l’extérieur de Médine une vieille dame aveugle. Tous les jours, je lui rendais visite dans l’objectif de lui venir en aide. Mais chaque fois que j’y allais, une personne me devançait et avait déjà effectué toutes les tâches nécessaires. Je me demandais qui pouvait bien être cette personne qui entreprenait tous les jours toutes ces charitables œuvres. Alors, je suis un jour parti très tôt voir cette vieille femme et que vois-je? C’est Abou Bakr ! »

*   *   *

Il s’est adressé en la personne d’Oussama  à tous les commandants: « Ne commettez aucune injustice, ne coupez en aucun cas les organes d’une personne ! Ne tuez ni enfant, ni vieillard ! Ne coupez pas et ne brûlez pas d’arbre ! Ne touchez surtout pas aux arbres fruitiers ! N’égorgez aucune bête si ce n’est pour vous alimenter ! Et quand vous passez devant des personnes occupées dans leur monastère, laissez-les en paix ! »

Un jour du mois de mai, alors que l’eau des arbres grimpait des racines aux branches, le Prophète Muhammad (saw) s’élevait du haut des marches de son minbar (chaire utilisée lors du sermon du vendredi). Les compagnons, qui confinaient chaque parole du Prophète (saw) dans leurs cœurs telle une pierre précieuse, étaient concentrés et attendaient. L’hégire avait eu lieu depuis maintenant dix ans et leur maître, le Prophète Muhammad (saw), qui faisait battre leurs cœurs, montait les marches une par une. Leurs enthousiasmes étaient immenses, car chaque élévation sur le minbar était une information supplémentaire venue des cieux. Un silence total régnait alors dans le rawda (désigne la place située entre le minbar et la chambre du Prophète (saw)) sur lequel la miséricorde avait plu depuis des années. Jusqu’à ce qu’un éclair venu du minbar éclate dans le cœur d’Abou Bakr (r.a).  Cela se produisit alors que le Prophète (saw) racontait que Dieu avait donné la possibilité à un de ses serviteurs de rester dans ce monde ou de venir à ses côtés, mais que ce serviteur avait choisi de Le rencontrer. Alors un coup de tonnerre comme jamais entendu auparavant ébranla le cœur d’Abou Bakr (r.a), puis ses larmes se déversèrent de ses yeux. Bien que tout le monde fût informé de sa maladie, il avait été le premier à ressentir le moment de la séparation. Ce serviteur n’était autre que le Prophète Muhammad (saw). L’envoyé de Dieu (saw) demanda alors à Abou Bakr (r.a) de mettre fin à ses sanglots et ordonna que l’on ferme toutes les portes s’ouvrant sur la cour sauf celle d’Abou Bakr (r.a). Puis il informa qu’il ne connaissait personne de plus bénéfique à l’Islam qu’Abou Bakr (r.a) et que s’il devait choisir un compagnon dans ce monde, il aurait sans aucun doute choisi Abu Bakr (r.a). Une fois malade au point de ne plus pouvoir diriger la prière, le Prophète Muhammad (saw) n’avait délégué cette fonction à personne d’autre que lui. Prendre la place du Prophète (saw) durant la prière… ! Si le Prophète (saw) ne l’avait pas voulu, Abu Bakr (r.a) n’aurait pas pu supporter cela ! Quelle grande et lourde responsabilité ! Abou Bakr (r.a) avait ressenti un grand bonheur lorsque le Prophète Muhammad (saw) s’était rendu à ses côtés durant la prière du matin ! Dieu merci, il avait guéri ! La joie s’était remparée du rawda. Les compagnons ont repris vie.  Abou Bakr (r.a) demanda l’autorisation de lui rendre visite. Alors qu’il était sur le point d’y aller, la nouvelle arriva : la séparation avait eu lieu.  La rencontre avec son Seigneur s’était effectuée.

Abou Bakr (r.a) a couru en direction de la maison du Dernier des prophètes. Il embrassa pour une dernière fois le front de son maître (saw). Puis il gémit : « Ta mort est telle que ta vie : belle et propre ! »  S’il n’y avait eu cette responsabilité qui pesait sur ses épaules, il ne serait jamais parti. Certaines personnes qui s’étonnaient de la disparition d’un prophète l’attendaient à la mosquée. Abou Bakr (r.a) devait y aller et empêcher que la douleur ne leur fasse dire de mauvaises choses. Et pour cela, il devait enterrer sa douleur et rugir au nom de la vérité : « Ceux d’entre vous qui adoraient Muhammad (saw), qu’ils sachent que Muhammed (saw) est mort.  Ceux d’entre vous qui adoraient Allah (awj), Allah (awj) est vivant et ne saurait mourir ». Cette parole et le verset qu’il lut à la suite ont apaisé les âmes. Ils ont pu alors partager avec Abou Bakr (r.a) certaines de ses responsabilités qui pesaient très lourd sur ses épaules. Le temps passe et beaucoup de choses restent à faire. Il ne faut pas tarder. À la suite des discussions et les consultations, Abou Bakr (r.a) fut choisi. Le compagnon de route du Prophète (saw), promis au paradis, Abou Bakr (r.a) est alors monté sur le minbar et a commencé son discours en disant ce qu’une personne arrivant au pouvoir ne pourrait dire : « Ô gens ! J’ai été chargé de la responsabilité de gouverner alors que je ne suis pas le meilleur d’entre vous. Si j’agis bien, aidez-moi et si j’agis mal, corrigez-moi ! » Puis il a continué son sermon en définissant la force et le pouvoir : « Le plus fort d’entre vous à mes yeux est celui qui est considéré comme faible jusqu’à que je rétablisse ses droits. Et le plus faible à mes yeux est celui que l’on considère être fort, jusqu’à que je reprenne le droit qu’il a usurpé ».

Et c’est ce qu’il a fait. Il a donc salué l’armée que le Prophète (saw) désirait envoyer en Syrie avec à leur tête Oussama. Il ne s’est pas laissé influencer par les critiques tels que : « Il est jeune, c’est en plus l’enfant d’un esclave affranchi ». Il répliqua tout simplement : « Le Prophète Muhammad (saw) en avait convenu ainsi ! » Il a fait la guerre contre les Bédouins qui refusaient de donner la zakat pour rétablir le droit des pauvres et il a combattu les faux prophètes pour rétablir la vérité. Cependant, il exigeait des musulmans que même en moment de guerre, ils n’oublient en aucun cas leurs valeurs et leurs principes. Il s’est adressé en la personne d’Oussama  à tous les commandants: « Ne commettez aucune injustice, ne coupez en aucun cas les organes d’une personne ! Ne tuez ni enfant, ni vieillard ! Ne coupez pas et ne brûlez pas d’arbre ! Ne touchez surtout pas aux arbres fruitiers ! N’égorgez aucune bête si ce n’est pour vous alimenter ! Et quand vous passez devant des personnes occupées dans leur monastère, laissez-les en paix ! »

Son califat a duré deux ans, trois mois et dix jours. Durant ce court moment, les rébellions ont été étouffées et de grandes conquêtes ont été effectuées. Puis lorsque de nombreux mémorisateurs du  Coran sont tombés martyrs, une commission, constituée de grands compagnons et particulièrement des scribes du Coran, a été chargée de compiler les sourates sous forme de livre à partir des écrits existants. La richesse de l’État avait été protégée avec grand soin. Mais Abou Bakr (r.a) n’appréciait pas les éloges et lorsqu’il en recevait, il priait son seigneur ainsi : « Ô mon Dieu ! Tu me connais mieux que moi-même et je me connais mieux qu’ils me connaissent. Fais de moi un serviteur pieux à la hauteur de leur estime me concernant ! » Et par-dessus tout, le calife continuait de par sa modestie à traire le lait du bétail. Un jour, alors qu’il entendit une fille de son voisinage dire : « Il ne traira plus de lait maintenant », il répondit en souriant « Je continuerai à en traire ma fille ». Puis il ajouta : « Je demande à Allah (awj) que ma fonction de califat ne m’éloigne jamais de ma situation passée et de ma trajectoire ».

« Faisons venir un docteur », lui dirent-ils, alors que la mort était sur le point de l’emporter. Il répondit alors : « Le docteur m’a déjà vu, je ferai ce qu’il me plaît. »

 

Le poète et l’écrivain A. Ali Ural continue d’écrire la vie des compagnons du Messager évoluant sur la voie prophétique et reflétant chacun la lumière de notre bien-aimé.

 

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