Le Prophète Muhammad (saw)
Sa vie prophétique
 

La compréhension du Prophète Muhammad (saw) concernant la justice

« Les communautés qui vous ont précédées ont péri, car quand une personne riche commettait le vol, ils ne lui appliquaient pas la peine prévue et quand une personne pauvre le commettait, ils la lui appliquaient. Je jure par Allah! Si Fatima, fille de Muhammad volait, je lui couperais la main »                                                                

Il apparaît que le Coran a été révélé dans une géographie où la justice n’était pas présente. Les liens de parenté, le tribalisme, les hostilités, la richesse, le statut de noblesse et la force sont des facteurs qui ont empêché l’instauration de la justice. Une noble femme issue de la tribu des Makhzoum commit un vol. Sa famille s’empressa d’envoyer le bien-aimé du Prophète Muhammad (saw), Oussama Bin Zayd, pour qu’il puisse intercéder en sa faveur. Mais le Prophète (saw) face à cette demande de faveur se mit en colère et dit aux musulmans : « Les communautés qui vous ont précédées ont péri, car quand une personne riche commettait le vol, ils ne lui appliquaient pas la peine prévue et quand une personne pauvre le commettait, ils la lui appliquaient. Je jure par Allah ! Si Fatima, fille de Muhammad volait, je lui couperais la main » (1) . Le fait que la cause de l’anéantissement des peuples passés soit l’injustice sera résumé en une formule laconique (concise et frappante) : « L’État est fondé sur la justice ».

La justice est la source de la civilisation et de sa stabilité. Elle est un des principes principaux de la religion. Elle est la condition d’une vie agréable pour la société et ses individus. Notre seigneur nous a ordonné à plusieurs reprises d’être juste (2) et de ne jamais s’éloigner de la justice, même si cela doit être à notre désavantage comme nous l’indique ce verset : « Ô les croyants! Observez strictement la justice et soyez des témoins (véridiques) comme Allah l'ordonne, fût-ce contre vous-mêmes, contre vos père et mère ou proches parents. Qu'il s'agisse d'un riche ou d'un besogneux, Allah a priorité sur eux deux (et Il est plus connaisseur de leur intérêt que vous). Ne suivez donc pas les passions, afin de ne pas dévier de la justice. Si vous portez un faux témoignage ou si vous le refusez, [sachez qu'] Allah est Parfaitement Connaisseur de ce que vous faites (3) ». Le prophète a transmis ces ordres divins, et il a de plus montré l’exemple et mis ces principes en pratique pour les intégrer dans les mœurs de la société.

Selon de nombreux hadiths, le Prophète Muhammad (saw) a très souvent rappelé à ses compagnons d’être juste. Il nous a informés que ceux qui ont été injustes dans la vie d’ici-bas auront en réponse d’Allah un châtiment douloureux dans l’au-delà (4), que les justes seront d’un rang élevé au côté du miséricordieux (5), que les dirigeants injustes seront loin d’Allah (6), tandis que  les dirigeants justes seront sous l’ombre d’Allah le jour où il n’y aura nulle autre ombre (7) et leurs invocations seront exaucées (8).

Nous devons être tout d’abord justes envers nous-mêmes. Ainsi, il a été relaté que le Prophète (saw) a dit concernant Abdullah bin Amr, qui jeûnait et priait sans cesse : « Abdullah ! J’ai entendu que tu pris toutes les nuits et jeûne toutes les journées. Ne fais pas ainsi ! Ton corps, tes yeux et ta femme ont un droit sur toi. Tu peux jeûner certains jours, mais d’autres jours ne jeûne pas ! Si tu jeûnes trois jours dans tous les mois, tu auras la récompense d’une personne qui a jeûné tous le mois. (9) »

Des conseils similaires ont été portés par Salman Al-Farisî à Abou Darda et le Prophète (saw) confirma ses dires par ces mots : « Il faut donner son droit à tout ayant droit (10) »

Le Prophète Muhammad (saw) a aussi émis de nombreux avertissements concernant l’équité à avoir entre les membres de la famille. Il a été rapporté dans les deux sahihs et d’autres recueils que Numan bin Bashîr vint chez le prophète lui faire don d’un esclave. Le Prophète (saw) lui demanda alors : « As-tu fait don à tous tes enfants ? ». Quand il répondit que non, le prophète lui conseilla de renoncer à son don. Il a été transmis dans certains hadiths que le Prophète (saw) a dit : « Craignez Allah et soyez équitable envers vos enfants ! » et « Ne me prenez pas en témoin pour cela, car je ne peux être témoin de l’injustice » (11). Certains juristes ont affirmé sur base de ce hadith qu’il est illicite de faire un don à uniquement un seul des enfants (même les embrasser). D’autres juristes ont eu une interprétation différente de cette interdiction et ont donc jugé que cette pratique serait autorisée, mais détestable (makrouh). (12)

Le musulman est dans l’obligation d’être juste envers les orphelins sous sa tutelle et les servir . Il ne peut pas leur donner des responsabilités trop lourdes et doit répondre à leurs besoins de la meilleure façon. Ainsi ont été mises en garde dans le Coran les personnes qui s’attaquent aux biens des orphelins : « Ceux qui mangent [disposent] injustement des biens des orphelins ne font que manger du feu dans leurs ventres. Ils brûleront bientôt dans les flammes de l'Enfer (13) ». Et le prophète (saw) a dit à ce propos : "Habillez et nourrissez les personnes sous votre responsabilité. Et ne leur imposez pas des tâches qu’ils ne peuvent supporter (14)".  Certains Hadiths exigent même de les nourrir et les habiller à notre égale et les aider si on leur a donné des charges trop lourdes pour eux (15). Le Prophète (saw) a aussi imposé que l’on donne son dû à l’ouvrier rapidement (16) et mets en garde ceux qui ne le feront pas (17).

L’Envoyé de Dieu (saw) a émis aussi d’importants conseils et exigences concernant le droit des animaux. À la vue d’un chameau tombé très maigre, le Prophète (saw) s’exclama : « Craignez Allah concernant ces bêtes qui ne sont pas capables de s’exprimer ! Montez-les quand ils sont en état de porter et mangez-les quand ils sont en état d’être mangé ! (18) ».  Quoique sa chaîne de transmission ait été fortement critiquée, il a été transmis que le Prophète Muhammad (saw) aurait dit : « N’utilisez pas vos bêtes comme des chaises dans les marchés et les rues (20) ».

Parmi les sujets auxquels le Prophète (saw) a de nombreuses fois mis en garde se trouve aussi le droit du voisin. Le droit du voisin a été répété à un tel point par l’ange Jibril (as) (Gabriel), que le Prophète (saw) a pensé que le voisin ferait partie des héritiers (21). La foi de celui qui nuit à son voisin a été mise en doute, il a été prononcé en jurant par trois fois en Allah qu’une telle personne n’est pas croyante (22) et n’entrera pas au paradis (23). Il a même été dit à propos d’une femme connue pour ses actes d’adoration, tels que la prière, le jeûne et l’aumône, qu’elle entrera en enfer en raison du mal qu’elle causa à son voisin (24).

« Si je dois quelquefois à l’un d’entre vous, qu’il me le réclame ou renonce de bon cœur à son droit, je désire retrouver mon seigneur dans un état pur »

Une des informations qui reflète la justice du Prophète Muhammad (saw) est sans aucun doute ces paroles touchantes envers ses compagnons peu avant sa mort : «Ô musulmans ! Par Allah et le droit que j’ai sur vous, que celui à qui j’ai causé un tort vient réclamer son droit dès maintenant avant le jour du jugement ! » Au retour d’une bataille, une personne affirma que le bâton du prophète (saw) l’aurait touchée sciemment ou inconsciemment. Le prophète ordonna alors que l’on rapporte ce bâton et qu’on lui applique le qisas (loi du talion). Certains compagnons se sont proposés pour que l’on applique la sanction sur eux, mais le prophète refusa et découvrit son ventre pour qu’on le frappe. L’ayant droit, Oukkasha en profita alors pour l’embrasser sur le ventre (25). Une autre fois, alors que le Prophète (saw) était occupé à la distribution de certains biens, une personne se dirigea vers ces objets, le Prophète (saw) l’en empêcha en le tapant avec la branche qu’il avait en main. Cette personne réclama le droit de lui rendre ce coup (26) ; les compagnons se mirent alors en colère, mais le Prophète (saw) répondit : « L’ayant droit, a le droit à la parole ! (27) », et dit : « Si je dois quelque chose à l’un d’entre vous, qu’il me le réclame ou renonce de bon cœur à son droit, je désire retrouver mon seigneur dans un état pur (28) ». Ce sont là des attitudes exemplaires quant à la justice, la simplicité et la modestie.

Nous pouvons affirmer que la justice se trouve à la base de toutes les règles qu’il a établies. C’est donc dans l’optique d’établir la justice et l’équité dans les échanges commerciaux qu’il a interdit : les ventes dont la date de paiement est inconnue (Habal al Habala), les ventes comportant des inconnues importantes (Munabaza, Moulamasa), les pratiques visant à embellir les produits vendus plus qu’ils ne le sont (musarra), les actions visant à empêcher les acheteurs d’apprendre les prix du marché (talaqqi al Rukban), la spéculation dans le but de faire augmenter les prix (najash), les ventes dans lesquelles les valeurs exactes de l’échange sont inconnues (muzabana) et les ventes de produits qui ne sont pas encore murs. (29)

Nous observons que le prophète Muhammad (saw) était juste et clément dans ses relations avec son entourage. Il a été transmis que le prophète aurait dit à un compagnon, alors qu’il pesait la valeur du produit avec lequel il allait payer : « Pèse bien, pèse même un peu plus ! (30) ». Une autre fois qu’il avait payé sa dette avec un produit meilleur, il affirma : « Le meilleur d’entre vous et celui qui rend sa dette de la meilleure façon (31) ». En résumé, le Prophète Muhammad (saw) vécut durant toute sa vie loin de l’injustice et de l’iniquité.


Conclusion

La justice est la base de la civilisation et de l’état, l’injustice quant à elle engendre anarchie et destruction. La justice est l’un des plus importants principes de l’Islam. Le musulman est la personne qui est juste envers son Seigneur, soi-même, les personnes qui sont sous sa responsabilité et son entourage ; c’est la personne dont tout son entourage est à l’abri de ses nuisances. Le Prophète Muhammad (saw) durant toute sa vie ne s’est jamais détaché de la justice et a enseigné cela à sa communauté. Il n’a nui à personne, il a été clément et a fourni tout son effort à la construction d’une société juste. Cependant, durant toute l’histoire, la communauté musulmane a, la plupart du temps, été face à de graves conflits internes. La raison de ces crises et conflits est indéniablement liée à la présence de dirigeants tyranniques. La solution passe par la construction d’une société juste, assidue, forte, consciente et productive.

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[1] Boukhari, Sahih, V, 23; Mouslim, Sahih, III, 1315-1316; Nasâi, Sunan, Viii, 71.

[2] Voir : Nisa, 4/58; Maida, 5/8; An’am, 6/152; Hûd, 11/85

[3] Nisa, 4/135

[4] Mouslim, Sahîh, LV, 2017.

[5] Humeydi, Mousnad, I, 501; Ibn Abi Shayba, Musannaf, VII, 39; Mouslim, Sahih, III, 1458

[6] Tirmidhi, Sunan, 111,609. Hadith bon selon Tirmidhi, mais faible selon al-Albani.

[7] Boukhari, Sahîh, I, 133; II, 111; VIII, 163; Mouslim, Sahih, II, 715; Tirmidhi, Sunan, IV, 598.

[8] Abou Daoud al-Tayalisi, Mousnad, IV, 310; İbn Maja, Sunan, I, 557; Tirmidhi, Sunan, IV, 672; V, 578.

[9] Ahmed b. Hanbal, Mousnad, XI, 448; Mouslim, Sahih, II, 817.

[10] Boukhari, Sahih, III, 38; VIII, 32; Tirmidhi, Sunan, IV, 608.

[11] Malik, Muwatta, II,751; Boukhari, Sahih, III, 157; Mouslim, Sahih, III, 1241-1244.

[12] Tirmidhi, Sunan, III, 641; İbn Battal, Charh Sahih al-Boukhari, VII, 98.

[13] Nisa, 4/10.

[14] Humeydi, Mousnad, II, 289; Ahmed b. Hanbal, Mousnad, XII, 324; Mouslim, Sahih, III,1284.

[15] Boukhari, Sahih, III, 149.

[16] İbn Maja, Sunan, II, 817.

[17] Ahmed b. Hanbal, Mousnad, XIV, 318; Boukhari, Sahih, III, 90.

[18] Abou Daoud, Sunan, III, 23; İbn Huzayma, Sahih, LV, 143.

[19] Ahmed b. Hanbal, Mousnad, XXIV, 392.

[20] Abou Daoud al-Tayalisi, Mousnad, IV, 37; Abdurrezzak, Musannef, IV, 450; Nasai, Sunan, VII, 206.

[21] Boukhari, Sahih, VIII, 10; Mouslim, Sahih, IV, 2025; Abou Daoud, Sunan, IV, 338.

[22] Abou Dawoud al-Tayalisi, Mousnad, II, 676; Boukhari, Sahih, VIII, 10.

[23] Ahmed b. Hanbal, Mousnad, XIV, 444; Mouslim, Sahih, I, 68.

[24] Ahmed b. Hanbal, Mousnad, XV, 421; Haysami, Mevaridu'z-zam'an, p. 503

[25] Tabarani, al-Mu’jam al-Kabir, III, 58; Ebu Nuaym, Hilyet al-awliya, IV, 73.

[26] Ahmed b. Hanbal, Mousnad, XVII, 328; Abou Daoud, Sunan, IV, 182; Nasai, Sunan, VIII, 32.

[27] Boukhari, Sahih, III, 116; Mouslim, Sahih, III, 1225; Tirmidhi, Sunan, III, 600.

[28] Abdurrezzak b. Hammam, Musannef, IX, 469.

[29] Voir :  Boukhari, Sahih, Kitabü al-buyû'.

[30] Ibn Abi Shayba, Musannaf, IV, 456; Abou Daoud, Sunan, III, 245; Nasai, Sunan, VII, 284.

[31] Boukhari, Sahih, III, 99; Mouslim, Sahih, III, 1224; Tirmidhi, Sunan, III,600.


La Revue « Din ve Hayat », 2013

 

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