Sira
Vie du Prophète Muhammad (saw)
 

29 - Le Pacte de Houdaybiya

Le Prophète (saw) et les Mouhajirounes éprouvaient une profonde nostalgie pour leur patrie qu’ils avaient, cinq ans auparavant, quittée afin de protéger leur religion et sauver leur vie ; ils étaient animés par un profond désir de visiter la Kaaba qui était, comme il est souligné dans de nombreux versets, le temple terrestre de la religion divine basée sur le monothéisme. Finalement, lorsqu’il se vit en rêve en train d’effectuer des processions autour de la Kaaba, le Messager d’Allah décida de se rendre à la Mecque Sainte et d’accomplir une visite d’Omra ; il ordonna donc à ses Compagnons de commencer les préparatifs pour l’Omra. Après avoir délégué Abdullah b. Oum Maktoum à la direction de la prière et Noumayla b. Abdullah al Laythi à la direction de la ville, il quitta Médine en direction de la Mecque, accompagné de 1400-1500 Compagnons à la date du Dhou al Qi’da 6 (Mars 628). Les Musulmans qui ayant formulé l’intention d’accomplir l’Omra, avaient revêtu leur ihram et pris avec eux soixante-dix chameaux pour le sacrifice ; comme ils poursuivaient un but pacifique, ils ne portaient avec eux aucune arme, excepté des épées de voyageurs. Le Prophète (saw) et ceux qui l’accompagnaient firent une halte à Houdaybiya qui se trouvait à une distance de 17 km de la Mecque. Informés de l’arrivée des Musulmans, les Qurayshites, bien que sachant que leurs intentions n’étaient pas la guerre mais la visite de la Kaaba, envoyèrent dans cette zone une troupe de cavalerie de 200 hommes, sous le commandement de Khalid b. Walid, afin de les empêcher d’entrer à la Mecque. Afin d’expliquer la raison de sa venue, le Prophète (saw) envoya comme émissaire Hirach b. Oumayya aux Qurayshites. Cependant, l’émissaire fut mal accueilli et manqua même de se faire tuer. Aussi, le Prophète (saw) envoya comme émissaire Othman qui avait de nombreux proches parmi les Qurayshites, à commencer par Abou Soufyan. Entrant sous la protection d’Aban b. Saïd b. As, Othman leur fit savoir que leur but n’était autre qu’une visite d’Omra. Les Qurayshites répliquèrent à Othman qu’ils n’autoriseraient pas les Musulmans à entrer à la Mecque mais que, s’il le souhaitait, lui-même pouvait effectuer des processions autour de la Kaaba. Lorsque Othman repoussa cette proposition en rétorquant « Je ne ferai aucune procession avant que le Prophète n’en ait fait », ils le saisirent. La nouvelle de cet incident parvint au Messager d’Allah de manière déformée indiquant faussement qu’Othman était mort. Profondément affligé par la nouvelle, le Noble Messager obtint de ses Compagnons le serment qu’ils combattraient les polythéistes jusqu’à la dernière goutte de leur sang. Comme mentionné dans la sourate Fath (Fath 48/18), ce serment fut nommé Bay’a al Ridwan qui signifie serment agréé par Allah et, en raison du fait qu’il fut prêté sous une sorte d’arbre désertique nommé « samura », il fut aussi appelé Bay’a al Chajara et les Compagnons qui prêtèrent ce serment, Ashab al Chajara (ceux qui prètent serment sous l’arbre). Lorsque les Qurayshites réalisèrent la fidélité des Musulmans à Muhammad (saw) et leur détermination sans faille qui démontrait leur capacité à affronter, sous ses ordres, la mort, ils furent saisis d’effroi. Ils relâchèrent d’abord Othman puis envoyèrent au Prophète (saw) une délégation sous la direction de Souhayl b. Amr afin de faire la paix. Après les négociations, le texte du pacte qui fut transcrit par la plume d’Ali fut signé par le Prophète (saw) et Souhayl b. Amr. À ce pacte furent témoins parmi les Musulmans : Abou Bakr, Omar, Othman, Abdurrahman b. Awf, Sa’d b. Abu Waqqas, Abou Oubayda b. Jarrah, et Muhammad b. Maslama et parmi les polythéistes, Souhayl b. Amr ainsi que Mikraz b. Hafs et Houwaytib b. Abdulouzza qui l’accompagnaient. Selon ce pacte dans lequel nombre de conditions imposées par Quraysh furent acceptées, les Musulmans devaient pour cette année retourner d’où ils venaient sans pouvoir entrer à la Mecque et ce n’est que la prochaine année qu’ils pourraient s’y rendre afin d’accomplir l’Omra et y rester trois jours. Tout Mecquois qui chercherait refuge à Médine devait être renvoyé, tandis que tout médinois qui chercherait refuge à la Mecque ne serait pas renvoyé. La paix fut signée pour dix ans, les deux parties devaient rester neutres en cas de conflit entre la partie adverse et une tribu quelconque qui ne serait pas liée au pacte. Les deux parties devaient, sur les terres se trouvant sous leur autorité, assurer la sécurité aux passages des caravanes de commerce ainsi qu’aux pèlerins. Les autres tribus arabes pouvaient contracter des alliances avec la partie qu’elles souhaitaient et, outre les parties, les tribus qui étaient leurs alliées étaient également tenues de respecter ces conditions. Si, à première vue, ce pacte qui ne semblait pas favorable aux Musulmans suscita la réaction des Compagnons et notamment d’Omar, lorsque le Messager d’Allah leur annonça qu’il en avait accepté les conditions, ils lui exprimèrent tous leur fidélité. Après la signature du pacte et en raison du fait qu’ils étaient venus avec l’intention d’accomplir l’Omra, le Prophète (saw) et ses Compagnons qui demeurèrent douze ou vingt jours à Houdaybiya, sortirent de l’état d’ihram (sacralisation) en immolant leurs animaux et rentrèrent à Médine.

Le Prophète (saw), en vertu de la « fidélité aux engagements » observa scrupuleusement les conditions du pacte. À titre d’exemple, en raison de sa conversion à l’Islam, Abou Jandal, le fils de Souhayl b. Amr, avait été enchainé par son père et maintenu enfermé en prison pendant quelques années. Au moment où, à Houdaybiya, les négociations furent achevées et le texte prêt à être signé, il prit la fuite de la Mecque et, tout en trainant ses chaines, arriva à Houdaybiya pour se réfugier auprès des Musulmans. Bien que le Prophète (saw) avançât, à la demande de restitution de Souhayl b. Amr, que le pacte n’avait pas encore été signé, ce dernier menaça de ne pas le signer si son fils ne lui était pas remis. Aussi, le Prophète (saw) fut contraint de lui remettre Abou Jandal. Bien qu’il promît de ne pas le torturer, le fait que Souhayl, sous le regard des Musulmans, commença à emmener son fils en le trainant, affligea profondément le Prophète (saw) et les Musulmans. Ce triste évènement resta gravé dans les mémoires sous le nom de « Yawm Abi Jandal » (le jour d’Abou Jandal) comme un souvenir amer. D’autre part, le Prophète (saw) ne renvoya pas les deux femmes qui avaient, dans la même période, trouvé refuge auprès de lui, précisant que le pacte ne mentionnait que les réfugiés parmi les hommes ; ce que Quraysh fut contraint d’accepter. Après le retour du Prophète (saw) à Médine, Abou Basir qui fut détenu par les polythéistes à la Mecque pour avoir embrassé l’Islam, s’échappa et vint à Médine trouver refuge auprès des Musulmans. Les Qurayshites envoyèrent deux gardes et, conformément aux exigences du pacte, demandèrent que leur soit remis Abou Basir. Bien qu’Abou Basir tentât de résister pour ne pas être livré, le Prophète (saw) lui fit savoir qu’il était contraint de le faire et lui recommanda la patience en lui rappelant qu’Allah allait montrer, à lui et aux Musulmans qui se trouvaient, impuissants, dans sa situation, une voie de salut. Sur la route, Abou Basir parvint à échapper aux gardes et retourna à Médine. Toutefois, craignant d’y être à nouveau livré à Quraysh, il repartit et s’installa au lieu-dit Is ou Sifoulbahr, sur la route du commerce Mecque-Syrie. Les nouveaux convertis à l’Islam, à commencer par Abou Jandal, qui, comme lui, fuirent la Mecque mais ne purent entrer à Médine, en raison du pacte, se joignirent à lui. Ces Musulmans dont le nombre s’éleva avec le temps à soixante-dix ou trois cent commencèrent à menacer les caravanes de commerce appartenant à Quraysh. Aussi, Quraysh exigea que soit supprimée la condition qui stipulait le renvoi des Mecquois ayant embrassé l’Islam qui trouvaient refuge à Médine. Le Prophète (saw) envoya une lettre à Abou Basir et ses compagnons, leur donnant l’ordre de venir à Médine. Cependant, lorsque la lettre arriva, Abou Basir était sur son lit de mort et décéda peu de temps après. Abou Jandal et ses compagnons enterrèrent Abou Basir là où ils se trouvaient et construisirent une mosquée près de sa tombe. Ils se rendirent ensuite à Médine.

Le Pacte de Houdaybiya constitue un tournant dans l’histoire de l’Islam. Le but du Prophète (saw) était de pulvériser l’alliance ennemie qui avait assiégé Médine lors de la bataille de Khandaq. En effet, grâce à ce pacte, la neutralité de Quraysh vis-à-vis des Juifs de Khaybar et de la tribu Gatafan fut obtenue et, ce faisant, la possibilité de lancer une attaque sur Khaybar au retour de Houdaybiya fut assurée. Par ailleurs, les actes d’hostilités de Quraysh contre les Musulmans prirent fin et les polythéistes qurayshites qui, jusqu’à ce jour, ne reconnaissaient pas les Musulmans et ne les considéraient pas comme des interlocuteurs, durent, grâce à ce pacte, accepter les Musulmans comme partie prenante au même titre qu’eux. Il en découla, de fait, que les relations du Prophète (saw) avec, aussi bien les tribus polythéistes que les tribus musulmanes, furent facilitées et que le message de l’Islam put leur parvenir aisément. En effet, après cette date, l’Islam se diffusa rapidement dans la péninsule arabique. À tel point que dans la période de deux ans qui sépare le Pacte de Houdaybiya jusqu’à la conquête de la Mecque, le nombre de convertis à l’Islam dépassa le nombre de ceux convertis en dix-huit ans. Par ailleurs, il fut possible d’envoyer des lettres d’invitation à l’Islam aux chefs des Etats avoisinants. Dénigré dans ses débuts, le Pacte de Houdaybiya fut, en réalité et avec la confirmation du Coran même, sa plus grande victoire politique. La sourate 48 du Coran, révélée à cette occasion, qui fut nommée « al Fath », qualifia ce pacte de « fath moubin » (conquête éclatante) et « nasr aziz » (victoire glorieuse) (Al Fath 48/1,3). Un an plus tard, le Noble Messager vint à la Mecque et, avec ses Compagnons, accomplit par rattrapage l’Omra ; cette Omra fut nommée Omrat Al Qada.

 

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