Sira
Vie du Prophète Muhammad (saw)
 

21 - La bataille d’Ouhoud

Les Qurayshites qui subirent une cuisante défaite à Badr, faisaient pression sur leur chef, Abou Soufyan, pour qu’il hâte les préparatifs de guerre afin de tirer vengeance des Musulmans. Les biens de la caravane qui fut à l’origine de la bataille de Badr étaient conservés à Dar Al Nadwa et avaient été confiés à Abou Soufyan afin qu’ils soient utilisés contre les Musulmans. À leur désir de vengeance se mêlait la crainte de voir les Musulmans leur couper la route du commerce Syrie-Egypte et attaquer leurs caravanes. Forts d’une armée de 3000 hommes qu’ils purent réunir et des aides qu’ils collectèrent auprès des tribus proches et alliées, les Qurayshites se dirigèrent, un an après la bataille de Badr, vers Médine. Le Messager d’Allah (saw) ne désirait pas affronter Quraysh qui était animé par la vengeance de Badr et nourrie par une haine et un ressentiment hérités du paganisme pré-islamique, à l’extérieur de Médine. Seulement, sur l’insistance de certains jeunes n’ayant pas combattu à la bataille de Badr et des Ansars offensés de voir leurs champs détruits par l’armée ennemie, il décida de se rendre avec un bataillon de 1000 hommes à Ouhoud qui est à une distance de 5,5 km de la ville. En cours de route, Abdullah b. Oubayy b. Saloul, le chef des hypocrites, se retira des rangs et retourna en ville avec ses 300 hommes. Arrivant au pied du mont Ouhoud avec les 700 hommes restant à ses côtés, le Messager d’Allah (saw) remis le grand étendard à Mous’ab b. Oumayr, celui d’Aws à Ousayd b. Houdayr et celui de Khazraj à Sa’d b. Houbab. Afin d’assurer les arrières, il plaça sous le commandement d’Abdullah b. Joubayr cinquante archers sur la colline Aynayn et les enjoignit de ne pas quitter leurs positions, quel que soit la tournure de la bataille, tant qu’ils n’auraient pas reçus ses ordres. Les deux troupes s’affrontèrent le samedi 7 du mois de Chawwal de l’an 3 (23 Mars 625) et les Musulmans, dans un premier temps, pulvérisèrent les Qurayshites, les forçant à battre en retraite. Lorsqu’ils virent la déroute de l’ennemi, les archers se lancèrent à la poursuite du butin en quittant leur position, et ce malgré l’insistance de leur commandant, Abdullah b. Joubayr. Considérant, au même titre que le Messager d’Allah (saw), l’importance stratégique de la colline Aynayn, Khalid b. Walid, le chef de l’unité de cavalerie de l’armée qurayshite, apercevant les archers musulmans abandonner leurs positions, lança par l’arrière de l’armée musulmane, en faisant tomber en martyr les quelques archers qui avaient gardé leur position, une offensive qui allait changer l’issue de la bataille. À la suite de cette attaque foudroyante, la bataille prit subitement une autre tournure et soixante-dix Musulmans, et notamment Hamza, l’oncle du Prophète (saw), tombèrent en martyr. Parmi eux, se trouvaient Abdullah b. Jahch, Mous’ab b. Oumayr et Abdullah b. Joubayr. En raison des anneaux de son casque qui piquaient ses deux tempes, le Messager d’Allah (saw) fut blessé au visage, sa lèvre inférieure saignait et il eut une dent cassée. De surcroît, la rumeur mensongère sur sa mort eut pour effet de diminuer la violence de l’affrontement. Les Musulmans, battant en retraite sur les flancs du mont Ouhoud se rassemblèrent autour du Prophète (saw) et les polythéistes en firent de même autour d’Abou Soufyan ; les deux armées se séparèrent et le conflit se termina.

Les Qurayshites dont il est rapporté qu’ils avaient perdu 37 ou 22-23 hommes, eurent le sentiment d’avoir assouvi leur vengeance ; ils n’avaient certes pu tuer le Messager d’Allah (saw) mais ils avaient fait tomber son oncle Hamza en martyr. Afin de satisfaire la vengeance de son père Otba, son frère Walid et son oncle Chayba tués à Badr, Hind bint Otba, la femme d’Abou Soufyan, mâcha le foie de Hamza et remit la récompense promise à Wahchi b. Harb pour avoir tué Hamza avec sa lance.

La mutilation par les polythéistes des corps de martyrs tombés à Ouhoud, le découpage des organes tels que l’oreille ou le nez (mousla) plongea les Musulmans dans la douleur, au point que certains Musulmans voulurent faire subir le même traitement aux cadavres polythéistes. Cependant, la révélation à ce sujet du verset 126 de la sourate Nahl ainsi que l’avertissement du Prophète (saw) les en dissuadèrent.

Durant toute sa vie, le Prophète (saw) n’oublia jamais les martyrs d’Ouhoud ainsi que ce qui s’y déroula, il rendit visite aux martyrs chaque année, et réitéra cela même jusqu’aux derniers jours de sa vie. La bataille d’Ouhoud demeura également dans la mémoire des générations postérieures en tant qu’elle constitua un évènement riche en enseignements.

Environ dix femmes Compagnons participèrent à la bataille d’Ouhoud et se chargèrent de tâches telles que la distribution de l’eau ou les soins des blessés. Parmi elles, se trouvaient Oumm Ayman, l’affranchie du Prophète (saw), Oumm Oumara, Fatima, Aïcha et Oumm Soulaym. Et en particulier Oumm Oumara qui, dans les situations les plus difficiles des Musulmans, affronta, l’épée à la main, l’ennemi aux côtés du Prophète (saw) et Fatima qui soigna le Prophète (saw) lorsqu’il fut blessé.

Concernant la bataille d’Ouhoud, il convient de préciser ce qui suit : si, comme à Badr, les Musulmans avaient infligé une lourde défaite aux Qurayshites, il aurait certainement été plus difficile pour le Messager d ‘Allah (saw) d’atteindre son objectif et de faire gagner Quraysh à l’Islam en renforçant et ravivant pour longtemps chez cette tribu le sentiment de haine et de vengeance nourries par le paganisme préislamique. À titre d’exemple, les moyens et avantages acquis à la faveur du Pacte de Houdaybiya n’auraient jamais vu le jour. (Certains versets furent révélés au sujet de la bataille d’Ouhoud. Cf. Al-i Imrane 3/120 etc., surtout 139-142, 156, 165).

La bataille de Hamrâ Al-Asad


De retour de la bataille d’Ouhoud vers Médine, le Prophète (saw) fut informé le lendemain que les Qurayshites comptaient lancer un raid sur Médine. Sur cette nouvelle, pour parer à une éventuelle attaque et pour démontrer que les Musulmans n’avaient pas faibli, il décida de poursuivre l’armée qurayshite. Pour cette expédition, il demanda seulement la participation de ceux qui avaient combattu à Ouhoud un jour avant. Malgré qu’ils rentraient juste de la bataille et malgré qu’ils étaient épuisés, voire blessés pour certains, les combattants d’Ouhoud répondirent de plein gré à cet appel au combat. À ce moment, Jabir b. Abdullah qui n’avait pu être présent à Ouhoud, vint demander au Prophète (saw) la permission de se joindre à cette expédition. Le père de Jabir, Abdullah b. Amr était tombé en martyr à Ouhoud. Lorsque Jabir b. Abdullah expliqua au Prophète (saw) que bien qu’il voulût participer à Ouhoud il ne put le faire en raison du fait que son père lui avait confié la charge de ses sept (ou neuf) sœurs qui n’avaient personne pour s’occuper d’elles, celui-ci lui accorda une dérogation. Avec une troupe de 500 hommes, le Prophète (saw) se rendit à Hamra Al-Asad située à une distance de 8 miles de Médine. Informés de cela, les Qurayshites, renonçant à revenir à Médine, retournèrent à la Mecque. Après y être resté cinq jours, le Prophète (saw) rentra à Médine le 17 Chawwal de l’an 3 (2 Avril 625). Cette expédition, qui est parfois évoquée avec la bataille d’Ouhoud et parfois comme une expédition indépendante, est considérée comme une action destinée à sauver la renommée de l’Etat musulman entachée à Ouhoud. Grâce à cette expédition, les Musulmans consolidèrent à nouveau leur autorité qui avait été ébranlée à Ouhoud, et montrèrent aux tribus arabes, notamment Quraysh, ainsi qu’aux Juifs et aux hypocrites de Médine, qu’ils étaient toujours forts et confiants.

 

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