Sira
Vie du Prophète Muhammad (saw)
 

20 - La bataille de Banu Qaynuqa

Lorsque le Prophète émigra à Médine, près de la moitié de la population de la ville était constituée de Juifs appartenant aux tribus Banu Qaynuqa, Banu Nadir et Banu Qurayza.

Il n’y a aucune information précise sur la date à partir de laquelle les Juifs commencèrent à s’installer dans la péninsule arabique et plus particulièrement à Médine. Il existe aussi d’autres avis selon lesquels les Juifs vivant dans la péninsule arabique ne seraient pas venus de l’extérieur mais il s’agirait d’Arabes ayant embrassé le judaïsme. Néanmoins, il est généralement admis qu’ils arrivèrent de l’extérieur dans la péninsule mais que les avis divergent quant à la date de leur arrivée. Selon certaines sources, après le siège de Jérusalem et la destruction du temple de Salomon (586 avant J.C.) par le roi de Babylone, Nabuchodonosor II (605-562 avant J.C.) et, plus tard, suite aux diverses attaques, les Juifs qui furent chassés de la Palestine se dispersèrent dans les diverses contrées de la péninsule arabique telles que le Hedjaz, Wâd Al Qurâ, Khaybar, Taymâ, Yathrib et Ayla. Parmi eux, ceux qui arrivèrent à Yathrib s’installèrent dans un premier temps dans la périphérie de la ville et, devenant avec le temps plus puissants, chassèrent les Amalécites et les Jourhoumites à l’extérieur et prirent ainsi le pouvoir sur la ville.

Au II. siècle de l’ère chrétienne, à la suite de la catastrophe des inondations dit Sayl al Arim qui frappa le Yémen, Haritha b. Tha’laba b. Amr Mouzayqiya, membre de la branche Azd des Qahtanites, s’installa avec sa tribu aux alentours de Yathrib et ses descendants, les deux tribus d’Aws et de Khazraj prenant, avec le temps, le dessus sur les Juifs devinrent les maitres de la ville. Perdant leur supériorité sur Aws et Khazraj, les Juifs perpétuèrent leur existence en prenant place, pour une partie, aux côtés d’Aws et, pour l’autre, aux côtés de Khazraj lors des différends qui survenaient entre ces deux tribus. À titre d’exemple, cinq ans après l’hégire (617 ap. J.C.) lorsqu’éclata la guerre de Bouâs (Yawm Bouâs), les Juifs de Banu Qurayza et de Banu Nadir s’allièrent aux Awsites tandis que ceux de Banu Qaynuqa s’allièrent aux Khazrajites et le conflit se solda par la défaite de ces derniers. De l’autre côté, de nombreux différends et conflits étaient vécus entre les Banu Qaynuqa et les autres tribus juives.

Contrairement à leur situation sur le plan politique, les tribus juives étaient plus influentes que les Arabes sur le plan économique. Des secteurs tels que l’agriculture, le commerce, la ferraillerie, l’armurerie, le tissage et la joaillerie se trouvaient entre les mains des Juifs. Banu Qaynuqa s’était illustrée dans la joaillerie, les Banu Nadir, dans l’agriculture et les Banu Qurayza, dans le tannage et la peausserie. Les Juifs s’enrichirent en participant aux foires ; lorsqu’ils ne pouvaient recouvrer les créances qu’ils avaient accordées à usure, ils saisissaient les propriétés et les terres du débiteur et, ce faisant, avaient commencé à vivre dans l’aisance. Par ailleurs, certains gagnaient de l’argent grâce à la voyance et l’occultisme. À Médine, les Juifs étaient les propriétaires de Baytulmidras qui était un lieu d’enseignement et d’apprentissage religieux. Il est connu que certains Compagnons du Prophète (saw) s’y rendaient pour des raisons telles que la prédication et autres.

Les Banu Qaynuqa qui résidaient au sud-ouest de Médine vivaient dans des citadelles, nombreuses à Médine, appelées outoum. Les Banu Qaynuqa, réputés, parmi les tribus juives, pour leur courage et leur combativité, assuraient leur subsistance par le commerce, l’armurerie et surtout par la joaillerie. Pour cette raison, ils ne possédaient pas de terres agricoles. Ils disposaient à Médine d’un marché nommé Souq Banu Qaynuqa qui était fréquenté autant par les Juifs que les Musulmans. En vertu de ces activités, les Banu Qaynuqa étaient, comparés aux autres tribus juives, plus riches.

Après l’hégire du Prophète (saw) à Médine, les Juifs de Banu Qaynuqa, en tant qu’alliés de la tribu Khazraj, avaient participé à l’accord dit constitution/pacte de Médine. Ce pacte prévoyait qu’en cas d’attaque sur Médine, les Juifs participeraient en se joignant à la défense, que toute agression sur une des parties serait considérée comme une attaque sur l’autre et qu’elle engagerait une action commune et que, par ailleurs, les Juifs ne devraient, en aucun cas, s’allier à Quraysh et autres ennemis des Musulmans.

À Médine, la politique du Prophète (saw) à l’égard des Juifs eut certains effets positifs ; parmi les personnalités érudites appartenant aux Banu Qaynuqa, Abdullah b. Salam, embrassa l’Islam avec sa famille. Cependant, les Juifs qui généralement annonçaient la venue imminente d’un messager auquel ils obéiraient et qui leur accorderai la victoire sur leurs ennemis, menaçant de fait les membres d’Aws et de Khazraj, nièrent la mission prophétique du Noble Messager car le prophète qu’ils attendaient n’était pas choisi parmi les Juifs. Par ailleurs, ils menaient diverses activités en vue d’éloigner les Musulmans de leur religion et, de temps à autre, ils tournaient le Coran et le Prophète (saw) en dérision. Ravivant le souvenir des anciennes inimitiés entre Aws et Khazraj, ils tentaient de semer le trouble et encourageaient les hypocrites. Une partie d’entre eux, prétendant avoir embrassé l’Islam, se joignirent aux rangs des hypocrites. Le fait qu’à la bataille de Badr, les Musulmans, malgré leur faible nombre eurent du succès face aux polythéistes mecquois, dérangea les Juifs. Ils ne manquèrent pas d’exprimer ouvertement ce mécontentement à travers divers comportements et commencèrent à commettre des excès. Sur ces faits, le Prophète (saw), rassemblant un jour les Juifs sur la place du marché des Banu Qaynuqa, leur annonça être le prophète de vérité qu’ils attendaient et les invita à embrasser l’Islam en tirant des leçons de ce qu’il advint à Quraysh. En guise de réponse, ils suggérèrent dédaigneusement au Prophète (saw) de ne pas se méprendre sur une victoire contre Quraysh qui ne connait rien à l’art de la guerre et, qu’en cas de guerre contre eux, il constaterait ce que signifie véritablement la guerre et à quel point ils sont guerriers. Il est rapporté que, en réponse à cette réaction des Banu Qaynuqa et tout en attirant l’attention sur la bataille de Badr qui se déroula peu de temps avant, furent révélés les versets qui annoncèrent la défaite prochaine et imminente, grâce à l’aide d’Allah, de ceux qui nièrent (Al-i Imrane 3/12-13).

Alors que cette tension allait croissante, un évènement survenant sur le marché des Banu Qaynuqa fut la goutte d’eau qui fit déborder le vase. La femme d’un Musulman parmi les Ansar, se rendant au marché des Banu Qaynuqa pour y faire ses courses, fut harcelée par des Juifs se trouvant près du magasin du joailler chez lequel elle se rendit. Lorsqu’elle appela au secours, un homme parmi les Musulmans accourut à son aide et, ne contenant pas sa colère, tua le joailler juif des Banu Qaynuqa. À son tour, il fut tué par les Juifs se trouvant sur les lieux. En même temps, cet événement qui montrait à quel point le pacte auparavant établi avait perdu toute son importance et était rendu caduc, fut ressenti par le Prophète (saw), et avec lui les Musulmans, comme une offense grave. Le Prophète (saw) commença à s’inquiéter d’une éventuelle et probable trahison de Banu Qaynuqa qui fut la première, parmi les tribus juives, à violer son engagement. Sur ces faits, fut révélé le verset autorisant le Prophète (saw), en cas de crainte d’une violation probable de leur engagement par un groupe, à répliquer de la même façon en rompant unilatéralement cet engagement.

Vingt mois après l’hégire, en déléguant à sa place Abou Loubaba b. Abd Al Munzir al Ansari à Médine, à partir du milieu du mois de Chawwal, le Prophète (saw) encercla le quartier où résidaient les Banu Qaynuqa. Il avait revêtu son armure appelé Zat Al Foudoul et confié l’étendard blanc à son oncle Hamza b. Abdumouttalib. Jusqu’au début du mois de Dhou al qi’da, pendant les quinze jours que dura le siège, il n’y eut aucun affrontement ni flèche lancée ; totalement coupés de l’extérieur et pris au piège dans leurs citadelles, les Juifs de Banu Qaynuqa furent contraint de capituler et, sur le refus du Prophète (saw) à leur demande d’être libérés, durent s’en remettre à son jugement (Dhou al qi’da 2 / Avril 624). Lorsque le Prophète (saw) décida de l’exécution parmi les prisonniers des combattants hommes dont il est rapporté que leur nombre s’élevait à 700, le chef de la tribu de Khazraj, Abdullah b. Oubayy b. Saloul, indiquant que les Banu Qaynuqa étaient les alliés des Khazraj et qu’ils lui avaient été d’un grand secours dans le passé, notamment à la bataille de Bouâs, demanda leur absolution. Bien qu’il sût qu’Abdullah b. Oubayy était le chef des hypocrites, le Messager d’Allah (saw), sur les incessantes demandes et supplications de ce premier, renonça à sa décision de les faire exécuter et, sous condition que leurs biens soient cédés aux Musulmans, ordonna leur exil de Médine. Accordant aux Banu Qaynuqa trois jours pour quitter Médine, le Prophète (saw) chargea Muhammad b. Maslama de se faire remettre leurs biens et Oubada b. Samit de veiller au maintien de l’ordre jusqu’à leur éloignement de Médine. Entre temps, sur demande des Banu Qaynuqa, il leur fut accordé de recouvrer leurs créances. Le Prophète (saw) autorisa Banu Qaynuqa, pour leurs divers besoins, à venir à Médine et à pouvoir y rester trois jours, autant de fois que cela leur sera nécessaire. Les Banu Qaynuqa quittèrent Médine, sous le contrôle d’Oubada b. Samit, en abandonnant une quantité importante d’armes ainsi que du matériel utilisé dans la fabrication des armes et dans la joaillerie. Après une escale d’environ un mois, ils allèrent du côté de la Syrie et s’installèrent à Ezriât.

Après avoir récupéré sur le butin des Banu Qaynuqa, trois épées, trois lances, deux armures et deux arcs et prélevé le cinquième du butin (khoms), le Prophète (saw) partagea la part des quatre cinquième entre les Musulmans. Par ailleurs, il offrit à Muhammad b. Maslama et Sa’d b. Mouâz une armure chacun. Alors que la date de la première application du khoms dans l’histoire de l’Islam est débattue, un certain nombre d’avis s’accordent au fait qu’il fut mis en pratique pour la première fois lors de la bataille de Banu Qaynuqa. Toutefois, en considérant les autres avis concernant le partage du butin lors de l’expédition d’Abdullah b. Jahch et lors de la bataille de Badr, il est possible d’affirmer qu’auparavant le partage fut réalisé selon les usages en vigueur et ce n’est qu’après la révélation du verset concerné (Anfal 8/41) que la première mise en pratique du khoms se fit à Banu Qaynuqa.

Les hypocrites

Parmi les problèmes les plus importants que le Prophète (saw) rencontrait à Médine, se trouvait le groupe des hypocrites. Ce groupe à double face qui s’affichait comme croyant alors qu’il niait l’Islam et la mission prophétique de Muhammad (saw) avait pour meneur Abdullah b. Oubayy b. Saloul. Abdullah b. Oubayy qui était le chef des Khazrajites et qui, au terme de l’hostilité entre les tribus d’Aws et de Khazraj, s’apprêtait, comme il fut presque convenu, à se voir confier l’intendance de Yathrib mais l’exil du Prophète (saw) fit tomber à l’eau cette possibilité et, pour cette raison, il éprouva contre lui une profonde aversion jusqu’à la fin de sa vie. Les Juifs qui vivaient dans la ville et les polythéistes qurayshites à la Mecque attisaient cette hostilité. Abdullah b. Oubayy et les autres hypocrites visaient à faire partir de la ville les mouhajiroune en incitant leurs concitoyens à ne les assister en aucun cas. Lors de nombreux événements qui survinrent pendant la période médinoise, les hypocrites se placèrent toujours dans les rangs de la sédition et tentèrent à chaque occasion de compromettre l’unité des Musulmans. La soixante-troisième sourate du Coran qui est la sourate Mounafiqoun fut révélée au sujet de ce groupe et de ceux qui en portent les caractéristiques.

 

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